Opéras Barbier efficace à Nancy
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Barbier efficace à Nancy

16/01/2023
© Jean-Louis Fernandez

Opéra National de Lorraine, 22 décembre

Après s’être appelé Almaviva ossia L’inutil precauzione, puis Il barbiere di Siviglia, le « melodramma buffo » de Rossini pourrait bien finalement s’intituler « La sventurata Rosina », tant il est vrai que, de tous les personnages du livret de Sterbini, c’est son héroïne qui reste la plus contemporaine, avec sa lutte acharnée pour gagner son indépendance et choisir l’homme à qui elle (ou plutôt qui lui) appartiendra.

C’est particulièrement vrai dans cette mise en scène, créée à l’Opéra de Berne (Stadttheater Bern), en avril 2008, où Mariame Clément en fait une grande adolescente délurée, pleine de ressources, qui s’épile à la cire froide pendant « Una voce poco fa » et passe ses journées sur son lit à se gaver de bonbons, un casque sur les oreilles. Il est vrai qu’étant la pupille d’un dentiste, elle peut le faire sans crainte des conséquences !

Le rôle sied singulièrement bien à Patricia Nolz, qui l’incarne avec tout le chien et la désinvolture voulus. La voix de la jeune mezzo autrichienne est somptueuse, riche, longue et souple, offrant des variations du meilleur goût. Par contraste, Nico Darmanin, son Almaviva, manque un peu de charme et, plus généralement, de variété. Son timbre assez métallique sied mieux au soldat ivre, version Rambo, puis au rocker déjanté en satin blanc, genre Elvis dernière période, qui l’accompagne au synthé dans sa leçon de chant, qu’à « l’amoroso Lindoro ». Mais le ténor maltais compense cette uniformité de couleur par une verve scénique réjouissante.

Les deux barytons-basses sont italiens. À part une désagréable façon de nasiller pour vieillir son personnage, le Bartolo de Bruno Taddia se révèle d’une grande justesse, jouant d’un parfait équilibre entre autorité et ridicule, et excellant dans le style bouffe. Dario Russo, aux graves profonds, donne un beau relief à Basilio, devenu un rocker banané en perfecto. Il délivre un air « de la calomnie » aussi insinuant que spectaculaire.

Au milieu de cet ensemble haut en couleur, le Figaro du baryton arménien Gurgen Baveyan, trop peu caractérisé par la mise en scène, manque de personnalité et de légèreté, faisant valoir une bonne voix, mais un sens limité du style rossinien. Transformée en secrétaire médicale, la Berta de la mezzo française Marion Lebègue chante finement son « Il vecchiotto cerca moglie », en arrosant amoureusement ses plantes… Au final, elle offre malicieusement au jeune couple un petit pot de cactus !

Avec un sens aigu de l’équilibre fosse/plateau et beaucoup d’attention aux chanteurs, Sebastiano Rolli dirige, avec des tempi modérés, une édition de la partition où les récitatifs  ont été raccourcis, mais où, fort heureusement, les numéros musicaux sont intacts – notamment le dernier trio parodique, avec tous ses développements, contrepointé par l’image, vue en plan aérien, d’un plombier réparant la salle d’eau de Rosina.

Une touche de surréalisme, dans un ensemble visuel qui joue volontiers la carte de la banalité. Si la mise en scène de Mariame Clément – reprise ici par Jean-Michel Criqui – actualise l’action, elle le fait avec à-propos et des gags pertinents. Sa fluidité doit beaucoup au décor de Julia Hansen : un gros cube fermé sur lui-même, tel un blockhaus, monté sur une tournette, figurant les différents lieux de la maison de Bartolo, grâce à ses multiples ouvertures, façon livre à tirettes. Le clou en est évidemment le cabinet de dentiste, où se déroulent les tableaux d’ensemble, sous le regard incrédule des patients, incarnés par l’excellent chœur masculin de l’Opéra National de Lorraine.

Au final, bien porté par une distribution homogène, dans une mise en scène drôle et efficace, ce Barbiere du XXe siècle se taille un succès mérité.

ALFRED CARON


© Jean-Louis Fernandez

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