Opéras Don Carlo ouvre la saison à Naples
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Don Carlo ouvre la saison à Naples

16/01/2023
© Luciano Romano

Teatro di San Carlo, 1er décembre

Avec l’effacement de la pandémie, l’ouverture de la troisième saison de Stéphane Lissner à Naples aurait dû se dérouler normalement, affranchie des circonstances extérieures : las, un tragique glissement de terrain sur l’île voisine d’Ischia a contraint la direction du San Carlo à annuler la première du 26 novembre. Ce qui n’a pas empêché le public de réserver à cette nouvelle production de Don Carlo un accueil plutôt chaleureux par la suite, nonobstant une réalisation musicale inégale et le caractère inattendu de certains choix théâtraux.

L’édition choisie est celle de Modène (1886), en cinq actes et en italien. D’emblée, on perçoit que Matthew Polenzani ne possède pas exactement l’envergure requise pour le rôle-titre. Le ténor américain, très apprécié au Metropolitan Opera de New York, la saison dernière, dans la version originale française de 1867 (ce qui modifie bien des perspectives !), livre ici une prestation honnête, avec une voix claire, mais sans l’épaisseur et la flamme que l’on attend, et un charisme scénique limité.

Voix très sûre et bien timbrée, Ailyn Pérez construit son Elisabetta dans un crescendo qui sied bien au personnage : discrète, puis progressivement plus affirmée, pour culminer dans un bouleversant « Tu che le vanità ». Seul Italien parmi les grands noms de la distribution, Michele Pertusi trahit une certaine usure dans le grave et une projection limitée, mais son Filippo II préserve une noblesse et une élégance appréciables.

Coups de chapeau appuyés à l’impeccable Grand Inquisiteur d’Alexander Tsymbalyuk, à la fois sobre et implacable, à l’excellent Moine de  Giorgi Manoshvili, ainsi qu’aux deux triomphateurs de la soirée, Ludovic Tézier et Elina Garanca. Le baryton français campe un Posa d’anthologie : il impressionne, une fois de plus, par le contraste entre une apparente économie de moyens et le mélange de puissance et de naturel qui se dégage de son personnage.

La mezzo lettone, quant à elle, confirme son adéquation au rôle d’Eboli, plus encore dans un somptueux « O don fatale » que dans la « Chanson du voile », qui se cantonne dans une approche brillante et démonstrative.

Dommage que ce plateau ne soit pas mieux porté dans la fosse, où officie le chef slovaque Juraj Valcuha, directeur musical du San Carlo, jusqu’à la saison dernière. Tout est en place, orchestre, chœurs et solistes sont bien coordonnés, mais on cherche le souffle, la démesure, le drame et la passion.

La mise en scène n’est pas, non plus, sans poser quelques problèmes. Claus Guth reste un maître de la direction d’acteurs : chaque personnage est doté d’un profil approfondi (à commencer par Don Carlo, plus asocial et inadapté qu’héroïque et rebelle), et les déplacements ne se font jamais au hasard, en particulier dans les ensembles. Et si certains partis pris peuvent surprendre (Filippo II chassant Eboli de son lit, avant « Ella giammai m’amo »…), ils ouvrent des pistes à la réflexion du spectateur.

La production séduit, également, par les costumes de Petra Reinhardt, mêlant habilement les époques, les lumières rasantes de peinture hispano-flamande d’Olaf Freese, et le très beau décor d’Etienne Pluss : une vaste pièce, aux patines sombres et au sol en damier, avec des stalles jusqu’à mi-hauteur, sur lesquelles prennent place les frères du monastère de Yuste et dont le fond s’entrouvre pour laisser apparaître les chœurs.

Cet art du tableau est, hélas, obéré par un double agacement. D’abord devant le recours trop systématique à la vidéo, tolérable quand elle est non figurative, mais vite insupportable quand elle ressert, à chaque évocation de l’amitié entre Don Carlo et Posa, les images, en noir et blanc et ralenties, de leurs jeux d’enfants avec des épées de bois.

Ensuite devant la présence presque constante d’un mime (Fabian Augusto Gomez), reproduction en trois dimensions du Sebastian de Morra de Vélasquez, troll dont on subit les vaines tentatives de dérider l’assistance, en elfe facétieux, satyre, et même drag-queen, dansant avec des postures histrioniques.

NICOLAS BLANMONT


© Luciano Romano

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