Opéras Lohengrin pour la musique à Munich
Opéras

Lohengrin pour la musique à Munich

22/12/2022
© Wilfried Hösl

Nationaltheater, 3 décembre

Avec sa voix surnaturelle, d’une luminosité de vitrail, Klaus Florian Vogt reste le Lohengrin le plus fascinant de notre époque. D’irréels aigus filés, en total contraste avec une projection de Heldentenor, impérieuse à d’autres moments, un « Récit du Graal » libéré de toute tension et précis jusqu’à la plus infime consonne… Cette perfection n’a qu’un seul défaut, s’il fallait vraiment lui en trouver un : son absolue prévisibilité.

Davantage de surprises du côté d’Elsa, où l’on attendait la toujours passionnante Marlis Petersen. Elle a été remplacée par la soprano sud-africaine Johanni van Oostrum, dont la voix, d’abord incertaine, prend progressivement de l’ampleur, ce qui ne compense pas une relative timidité dans la caractérisation, voire une articulation allemande déficiente.

Un peu insolite aussi, le couple Ortrud/Telramund n’impressionne pas vraiment par sa force de frappe. Anja Kampe reste un vrai soprano, qui peut vociférer ses imprécations à pleine voix sans trémuler, ce qui masque mal un manque d’assise dans le bas de la tessiture, le timbre restant trop clair pour nous effrayer totalement. Chanteur policé, Johan Reuter n’aboie jamais ses répliques ; dès lors, son personnage de traître paraît trop bien élevé, mais ses longues phrases savent nous tenir en haleine.

Beaucoup de classe chez le Héraut d’Andrè Schuen, qui détaille ses annonces avec assurance, et une prestance vocale appréciable pour le Roi de Mika Kares, à défaut de moyens vraiment imposants.

Une affiche parfois atypique, bien dirigée par François-Xavier Roth, invité à imposer sa marque personnelle dans une maison au passé wagnérien prestigieux, ce qui n’est certainement pas facile. Le Prélude, aux cordes bizarrement anémiées, fait craindre une vision étriquée, mais ensuite, c’est une constante vigueur qui prédomine.

Des textures claires, beaucoup de relief, des fanfares de cuivres se répondant à plusieurs étages de la salle, des chœurs sollicités à plein régime, davantage d’éclat que de lourdeur, voire un brio assez différent des lames de fond de la tradition germanique… Heureusement, le plateau, d’un vrai format wagnérien, ne se laisse jamais couvrir.

Que nous manque-t-il ? Avant tout, une proposition scénique qui tienne la route. Et là, malheureusement, ce Lohengrin – nouvelle coproduction entre le Bayerische Staatsoper et le Shanghai Grand Theatre – est proche du vide sidéral. Une vacuité, du reste, revendiquée par le cinéaste hongrois Kornel Mundruczo et son équipe, et qui conceptuellement peut paraître fonctionner, alors qu’en pratique, rien ne marche.

Sur scène, une communauté humaine vit en vase clos, dans un univers où même la nature paraît factice. Elsa, seul personnage vêtu de noir, manifestement dérange. Ortrud et Telramund tentent de se distinguer du lot, en distillant des « fake news », ce qui déstabilise encore davantage cette société aseptisée en quête de repères, voire d’un sauveur providentiel qui, finalement, sort du rang : un héros fabriqué de toutes pièces.

Aucune hiérarchie apparente : tout le monde porte le même costume (jean blanc et sweat-shirt informe), ce qui est très peu flatteur pour certaines silhouettes ; le Roi ne se distingue que par ses lunettes à monture d’écaille, et il ne se passe jamais grand-chose. On arpente la scène de long en large, quand on est fâché ; on reste les bras ballants, quand il n’y a rien de mieux à faire ; on s’indigne en posant les mains sur les hanches, quand on n’est pas d’accord ; on hoche la tête d’un air entendu, quand on approuve… Voilà pour la direction d’acteurs.

Par ailleurs, une symbolique indéchiffrable semble conférée à des cailloux noirs, ramassés un peu partout, et qui peuvent, éventuellement, servir à lapider les importuns. Elsa y échappe de peu, Telramund n’en réchappera pas, et le même genre de caillou, cette fois au format d’une météorite géante, descend lentement des cintres, pendant le « Récit du Graal », en manquant d’écraser Lohengrin.

Bien étagé et de surface réduite, le dispositif scénique permet au chœur de se répartir confortablement sur plusieurs niveaux et aux solistes de se placer favorablement face à la rampe. Mais on pourrait, tout aussi bien, faire l’impasse sur une telle production et se contenter d’une version de concert, sans rien manquer d’essentiel.

LAURENT BARTHEL


© Wilfried Hösl

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