Opéras Retour réussi d’I Capuleti à Paris
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Retour réussi d’I Capuleti à Paris

30/09/2022
© Opéra National De Paris/Émilie Brouchon

Opéra Bastille, 21 septembre

Créée au Grand Théâtre de Genève, en 1990, et entrée au répertoire de l’Opéra National de Paris, en 1995, cette production – pour sa sixième reprise à l’Opéra Bastille, après 1996, 1998, 2004, 2008 et 2014 – bénéficie des débuts in situ de la cheffe italienne Speranza Scappucci, ainsi que de la première Giulietta de la soprano française Julie Fuchs.

En mai 2008 (voir O. M. n° 31 p. 66 de juillet-août), Richard Martet rappelait la primauté du chant, « comme le veut un opéra dans lequel (…) il ne se passe pas grand-chose sur le plan théâtral ». La mise en scène de Robert Carsen, concentrée sur l’affrontement des clans rivaux, s’accorde aux volumes architecturaux conçus par Michael Levine : panneaux mobiles monumentaux et couleurs appariées des costumes, lumières saisissantes (en particulier pour le duo final, où un faisceau aveuglant tombe le long des marches), ce que l’on voit ne dément pas ce que l’on entend.

La direction de Speranza Scappucci, d’une impressionnante sobriété gestuelle, soutient intensément la progression du drame et met en valeur un Orchestre de l’Opéra National de Paris au plus haut de sa forme, du Prélude, où rien du discours des cordes n’est précipité, au sublime solo de clarinette, qui introduit le monologue de Romeo au tombeau (« Deserto è il loco »). Les ensembles grandioses appartiennent pleinement à la « tragedia lirica » de Bellini. Les Chœurs, de leur côté, conjuguent ardeur vocale, précision, musicalité, engagement dramatique.

Le rôle de Giulietta exige, sous une fragilité apparente, un chant inaltérable et varié. Déployant toute une palette de nuances, la longue cantilène d’entrée (« Eccomi in lieta vesta… Oh ! quante volte ») demande un art du clair-obscur, appuyé sur une solide assise du legato. Julie Fuchs possède ces qualités ; elle les affirme pour réaliser ensuite un deuxième acte touchant, que seconde son sens de la scène. L’imploration à Capellio, les adieux à Romeo, signent une interprétation.

Le Romeo de la mezzo russe Anna Goryachova ne lui offre pas d’emblée une réplique stimulante. L’allure vocale fait défaut à son entrée, incognito, en messager des Gibelins (« Se Romeo t’uccise un figlio »). Puis l’audace lui vient et la cabalette (« La tremenda ultrice spada ») révèle des aigus assumés. Enfin, le duo final est très émouvant.

Le ténor italien Francesco Demuro, belcantiste vaillant, se joue de la tessiture de Tebaldo et dominerait le premier acte, n’était la suprématie du Capellio de Jean Teitgen. La superbe voix de la basse française, projetée avec puissance, convient à merveille à l’implacable chef de clan, que rien ne parvient à fléchir. Le Lorenzo du Polonais Krzysztof Baczyk ne démérite pas, mais son timbre monochrome ne parvient pas à révéler l’humanité du personnage.

Un public enthousiaste acclame l’admirable « maestra concertatrice », Speranza Scappucci.

PATRICE HENRIOT


Julie Fuchs et Jean Teitgen. © Opéra National De Paris/Émilie Brouchon

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