Les cinq questions de Lyrik Amitai Pati : « J’ai découvert que j’étais cap...
Les cinq questions de Lyrik

Amitai Pati : « J’ai découvert que j’étais capable de courir et chanter en même temps »

03/01/2023
© Garth Badger

Dans la famille Pati, je demande le frère ! Non seulement la nature, manifestement généreuse dans les îles Samoa, a doté Amitai d’une voix, mais il est aussi ténor, comme son aîné, le phénoménal Pene. L’Opéra Orchestre National Montpellier lui offre son premier Tamino dans Die Zauberflöte de Mozart, tandis que Rouen l’attend en fin de saison, dans Roméo et Juliette de Gounod.

Avez-vous des habitudes, un rituel avant d’entrer en scène ? 

Les jours de spectacle, j’aime dormir le plus tard possible. Je prends aussi le temps d’aller à la salle de gym faire du cardio, pour mettre mon souffle en marche et faire circuler le sang : c’est toujours une bonne chose de vérifier que la machine est en bon état de marche ! Le café et la nourriture sont aussi très, très importants : je dois m’assurer d’avoir suffisamment d’énergie pour tenir d’un bout à l’autre de la représentation, et je prévois aussi de quoi grignoter au théâtre. Même si je n’ai plus vraiment le trac, j’éprouve une certaine nervosité, qui tient d’ailleurs davantage à l’excitation qu’à la peur – et je me dis toujours que le jour où je ne serai plus nerveux avant d’entrer en scène sera celui où j’arrêterai de chanter ! Cette sensation m’aide, en effet, à garder un taux d’adrénaline élevé, grâce auquel je me sens prêt à me présenter face au public.


Amitai Pati (Ferrando) dans Così fan tutte de Mozart à l’English National Opera en 2022 © Lloyd Winters

Lequel de vos personnages détesteriez-vous dans la vraie vie ?

Dans une production de Roberto Devereux de Donizetti à l’Opéra de San Francisco, je tenais le petit rôle de Lord Cecil. Ce n’est définitivement pas quelqu’un de bien. Et à coup sûr quelqu’un que je détesterais dans la vraie vie. Était-il vraiment comme cela ? Puisque l’œuvre est basée sur des évènements réels, mieux vaut ne jamais l’avoir rencontré !

Vous êtes-vous découvert un talent caché pendant une production d’opéra ?

Dans des productions récentes, j’ai découvert que j’étais capable de courir et de chanter en même temps. Certaines mises en scène exigent, en effet, de grimper à des échelles, courir sur des échafaudages, puis d’en redescendre, tout en chantant, et en essayant de se souvenir de respirer. Je devrais normalement ne pas avoir à y réfléchir, mais dans le feu de l’action, soutenir mon souffle est la dernière chose à laquelle je pense. Alors si cela peut être considéré comme un talent, je prends !


Amitai Pati (Don Ottavio) dans Don Giovanni de Mozart au San Francisco Opera en 2022 © Cory Weaver

Vers quoi – ou qui – vous précipitez-vous après une représentation ou un concert ?

Après le spectacle, j’aime rentrer directement chez moi me reposer – si je ne suis pas censé retrouver des amis ou de la famille. Filer sous la douche puis au lit est, à mon avis, une des meilleures sensations au monde. Et la nourriture, le plus grand réconfort après une représentation émotionnellement et physiquement éprouvante ! Dans cette situation, on brûle tellement d’énergie qu’il faut refaire le plein pour parvenir à se sentir normal à nouveau. J’essaie de ne pas m’en plaindre, car je sais quel genre de récompense m’attend à la fin. 

Que préférez-vous faire quand vous ne chantez pas ?

J’adore les jeux vidéos ! Non seulement parce qu’ils m’aident à me détendre, et à me déconnecter du chant et de la musique pour un moment, mais aussi parce qu’il s’agit d’un moyen de rester en contact avec mes amis et ma famille, à travers le monde. Heureusement, je peux voyager avec ma console : elle me sert à garder ma santé mentale, et à faire tout un tas d’autres choses, comme accéder à Netflix, Disney+, ou Spotify… 

Propos recueillis par THIERRY GUYENNE 

À voir :

Die Zauberflöte de Wolfgang Amadeus Mozart, avec In Sung Sim (Sarastro), Amitai Pati (Tamino), Blaise Malaba (Sprecher), Rainelle Krause (Königin der Nacht), Athanasia Zöhrer (Pamina), Mikhail Timoshenko (Papageno), Norma Nahoun (Papagena) et Benoît Rameau (Monostatos), sous la direction de Constantin Trinks, et dans une mise en scène d’Anne Bernreitner, à l’Opéra Orchestre National Montpellier Occitanie, du 13 au 19 janvier 2023.

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