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La première discographique mondiale d’un ouvrage de Rameau se doit d’être saluée comme elle le mérite. Depuis 1751, Achante et Céphise sommeillait ; grâce au Centre de Musique Baroque de Versailles (CMBV) et à l’Atelier Lyrique de Tourcoing, il sort de sa léthargie, dans cette gravure de studio, réalisée en décembre 2020, et l’on s’en réjouit.

« Pastorale héroïque », Achante et Céphise, donnée le 18 novembre 1751, réunit deux générations de créateurs : Jean-François Marmontel, alors âgé de 28 ans, pour le livret, et Jean-Philippe Rameau, 68 printemps, pour la musique – leur seconde collaboration, juste après La Guirlande. Il s’agit d’une œuvre de circonstance, commandée pour fêter la naissance du duc de Bourgogne, petit-fils aîné de Louis XV. Mais aucun Prologue n’est là pour chanter la gloire du nouveau-né : dès Zoroastre, en 1749, Rameau avait mis fin à cette tradition. Astucieusement, son librettiste et lui réussissent à intégrer l’événement à l’intrigue, dans la scène finale du dernier acte.

Ce n’est pas la seule innovation de cette partition, dont la beauté, le raffinement et la variété font oublier la minceur dramatique. L’Ouverture affiche nettement son programme : « Vœux de la nation – Tocsin – Feu d’artifice – Fanfare. » Le compositeur, maître de l’harmonie, s’en donne à cœur joie, imaginant une profusion de sonorités enivrantes. Les danses, nombreuses et parties prenantes de l’action, les chœurs, très présents, révèlent la même volonté d’originalité et de recherche de couleurs. Cors, trompettes, clarinettes sont fréquemment sollicités. Quant aux parties vocales, elles offrent quelques joyaux, dont le duo « Qu’un ennemi jaloux », qui clôt l’acte I, n’est pas le moindre. Et la première partie du III, alors que les amants courent un grand danger, porte l’émotion à son comble.

Maître d’œuvre de cette résurrection, Alexis Kossenko est à la tête d’une nouvelle formation, formée par l’association de l’ensemble Les Ambassadeurs, qu’il a créé, et de La Grande Écurie et la Chambre du Roy, fondée par le regretté Jean-Claude Malgoire. L’effectif (une cinquantaine d’instrumentistes) est celui de l’orchestre de l’Opéra de Paris, en ce milieu du XVIIIe siècle. Le son est dru, mais jamais épais, puissant sans lourdeur. Les phrasés du chef sont plus carrés et musclés que subtils ; au moins évite-t-il le maniérisme et la mièvrerie.

Des étudiants du Département de musique ancienne du CRR de Paris participent à l’aventure. Les Chantres du CMBV, préparés par Olivier Schneebeli, ne méritent aucun reproche. Les rôles secondaires sont solidement tenus – parmi eux, des talents confirmés, comme Arnaud Richard et Artavazd Sargsyan. Et le quatuor soliste est épatant.

Baryton au timbre riche, David Witczak incarne un Oroès qui rend le mal séduisant. Judith van Wanroij est une Zirphile au chant aérien et distingué. On ne peut rêver couple d’amoureux plus délicieux que celui formé par Sabine Devieilhe et Cyrille Dubois, une soprano et un ténor lumineux, deux voix qui s’accordent à merveille et qui, au-delà du style et de l’élégance indispensables, traduisent l’enchantement d’une partition impossible à ignorer.

MICHEL PAROUTY

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