Gluck

Alceste

Paul Groves (Admète) – Angela Denoke (Alceste) – Willard White (Le Grand Prêtre d’Apollon, Un dieu infernal/Thanatos) – Magnus Staveland (Évandre) – Thomas Oliemans (Hercule) – Isaac Galan (Apollon) – Fernando Rado (L’Oracle, Le Héraut)

Coro y Orquesta del Teatro Real de Madrid, dir. Ivor Bolton. Mise en scène : Krzysztof Warlikowski. Réalisation : Stéphane Metge (16:9 ; stéréo : PCM)

1 DVD EuroArts 3074978

Difficile de déterminer si l’émotion prodiguée par ce DVD est le seul fait de la production, ou si elle est aussi – surtout ? – liée au souvenir du contexte de sa création, au Teatro Real de Madrid, en février 2014 (voir O. M. n° 94 p. 56 d’avril).

Gerard Mortier disparaissait, en effet, une dizaine de jours après la première, laissant orpheline une grande partie de la distribution. Et si l’apparition de son nom au générique rappelle sa rétrogradation au poste de conseiller artistique, les huées qui accueillent l’équipe de mise en scène résonnent comme un baroud d’honneur.

Il manque certes à l’appropriation du mythe par Krzysztof Warlikowski la profondeur dramaturgique, la densité des références picturales et cinématographiques, la succession vertigineuse de fulgurances poétiques de sa vision d’Iphigénie en Tauride, du même Gluck.

Comme pour Médée de Cherubini avec Amy Winehouse, le Polonais trouve un écho au sacrifice d’Alceste dans le destin brisé de Lady Diana, sans que l’analogie vire au procédé ou à la facilité : l’héroïne ploie sous le poids du décorum et de sa propre culpabilité, errant dans l’antichambre de la mort – un troisième acte suffocant de beauté – en quête d’une impossible délivrance.

Les espaces immenses et glacés, imaginés par Malgorzata Szczesniak, soulignent l’isolement de l’épouse d’Admète au sein de cette cour hostile, dont elle a osé ébranler les fondements en brisant les tabous de la monarchie. Quant à la caméra de Stéphane Metge, elle traque l’intensité des corps et des regards avec une magistrale acuité, saisissant l’essence aussi bien que l’essentiel du théâtre warlikowskien.

Souvent frustrante depuis la salle, l’exécution musicale est flattée par les micros. Dans le rôle-titre, Angela Denoke bénéficie ainsi d’une captation qui compense, assez miraculeusement, les flottements de l’émission, de l’intonation et de la déclamation : une musicienne, une actrice, en somme une artiste fascinante, même hors de son élément naturel – question de style et de langue.

D’une moindre rectitude qu’au Châtelet, en 1999, sous la baguette de John Eliot Gardiner (en DVD chez EMI Classics, et la référence jusqu’ici), Paul Groves est un Admète à l’aigu un rien ébréché, au timbre parfois durci, mais à la ligne d’une intensité frémissante. De Willard White à Magnus Staveland et Thomas Oliemans, le reste du plateau pallie ses inégalités vocales par la justesse des présences.

À la tête d’un orchestre suffisamment allégé et réactif – davantage, en tout cas, que dans notre mémoire –, Ivor Bolton peine à maintenir la tension de l’arc dramatique, mais du moins n’entrave pas la progression inexorable de cette tragédie absolument moderne.

Mehdi Mahdavi

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