Comptes rendus Andrea Chénier à Munich
Comptes rendus

Andrea Chénier à Munich

26/04/2017

Nationaltheater, 12 mars

PHOTO : Jonas Kaufmann et J’Nai Bridges.
© WILFRIED HÖSL

Jonas Kaufmann (Andrea Chénier)
Luca Salsi (Carlo Gérard)
Anja Harteros (Maddalena di Coigny)
J’Nai Bridges (Bersi) Doris Soffel
(La Contessa di Coigny)
Elena Zilio (Madelon)
Andrea Borghini (Roucher)
Nathaniel Webster (Pietro Fléville)
Christian Rieger (Fouquier-Tinville)
Tim Kuypers (Mathieu)
Kevin Conners (L’Incredibile)
Ulrich Ress (L’Abate)

Omer Meir Wellber (dm)
Philipp Stölzl (msd)
Heike Vollmer (d)
Anke Winckler (c)
Michael Bauer (l)

Tension palpable à Munich, en ce soir de première de la nouvelle production d’Andrea Chénier. Jonas Kaufmann, l’enfant du pays, revient chanter sur la scène du Nationaltheater, après les longs mois d’éclipse qui ont fait planer de vraies incertitudes sur ses aptitudes à continuer d’assumer des rôles lourds. Et, clairement, Chénier n’est pas du tout propice à une reprise d’activité en douceur.

Mais on est vite rassuré : l’intensité de la projection n’est pas amoindrie, et le basculement vers le registre aigu, s’il s’effectue toujours grâce au même stratagème un peu systématique, fonctionne bien. Mis à part un léger vibrato pas tout à fait sécurisant dans les notes médianes, voire quelques détimbrages risqués (une tentative de crescendo sur « Ora soave, sublime ora d’amore ! » frôle l’accident), on retrouve le Jonas Kaufmann d’avant, dont Chénier reste l’un des meilleurs rôles.

Certainement pas un chant solaire typiquement italien, mais une discipline et une rigueur (pas un seul sanglot…) qui ennoblissent vraiment le lyrisme de Giordano. « Come un bel di di maggio », interprété avec la subtilité d’un lied de Schubert, est inoubliable, mais la fermeté du duo final, sans le plus léger signe de fatigue, impressionne tout autant.

Cela dit, sa partenaire se hisse encore plus haut dans la perfection d’un chant sans la moindre scorie. Anja Harteros, en effet, est une Maddalena d’une beauté vocale et physique irradiante, qui n’a jamais besoin d’en rajouter pour trouver le ton juste.

Que Chénier tombe éperdument amoureux d’une telle incarnation féminine, alors pourtant qu’il ne la rencontre que de rares fois au cours de l’opéra, s’explique sans peine. De même que l’énorme triomphe final remporté par Anja Harteros, qui pulvérise tous les records d’applaudimètre.

Moins exceptionnel, Luca Salsi a tendance à aboyer pour trouver ses appuis sur les répliques les plus fortes, mais son Gérard, très juste psychologiquement, ne dépare pas ce trio de grande classe. On notera aussi le luxe des nombreux comprimari, point fort de la troupe munichoise. Et l’on n’aura garde d’oublier la Madelon d’Elena Zilio, qui n’a besoin que de quelques répliques pour faire chavirer les cœurs.

Philipp Stölzl, venu de la vidéo et du cinéma, ne s’occupe d’opéra qu’à raison d’une production par an. Ce n’est pas là son univers habituel ; il l’investit donc sans contorsions intellectuelles, en mettant simplement en scène, à la lettre, un livret heureusement excellent. Toute la Révolution française est là, celle de gravures et tableaux d’époque fidèlement reproduits, la seule originalité réelle de cette scénographie étant la simultanéité d’actions, réparties dans les multiples logettes d’un décor qui rappelle les maisons de poupées anciennes.

Les salons du château de Coigny apparaissent ainsi vus en coupe, au-dessus de caves basses et voûtées où s’agite toute une domesticité, à l’affût des moindres éclats qui se déroulent à l’étage supérieur. Beaucoup de changements à vue font coulisser, parfois bruyamment, toutes ces pièces superposées pour en révéler d’autres encore, dans un esprit spectaculaire qui n’est pas sans rappeler les productions du Met de naguère, voire de Broadway.

Il y a bien longtemps que le Bayerische Staatsoper n’avait proposé un projet aussi conventionnel, mais la profusion de détails (parfois une demi-douzaine de tableaux vivants simultanés) et la variété des costumes (pas toujours d’un goût parfait, quand même) incitent au respect.

Le programme cite le nom de Philipp M. Krenn, non comme assistant du metteur en scène, mais comme véritable collaborateur direct, et l’on conçoit effectivement que l’énergie de deux personnes ait été nécessaire pour coordonner ce travail géant.

Une dimension hollywoodienne parfaitement relayée par la direction musicale d’Omer Meir Wellber, qui peut oser toutes les démesures à la tête d’un Bayerisches Staatsorchester sans la moindre défaillance technique.

À tous points de vue, une soirée d’une densité extraordinaire.

LAURENT BARTHEL

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