CD / DVD / Livres Ann Hallenberg : Farinelli, A Portrait
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Ann Hallenberg : Farinelli, A Portrait

20/12/2016

Artaserse, Idaspe, Adriano in Siria, Semiramide riconosciuta, Polifemo, Cleofide, Catone in Utica, Alcina, Rinaldo
Les Talens Lyriques, dir. Christophe Rousset

1 CD Aparté AP 117

Écho glorieux d’une tournée européenne effectuée en 2011, l’hommage à Farinelli d’Ann Hallenberg et de Christophe Rousset illustre à merveille ce qu’une fructueuse collaboration artistique veut dire. Enregistré en public au Festival International de Bergen, le 26 mai, le programme cristallise, en effet, le talent de deux artistes captés au meilleur d’eux-mêmes.

Oublions, pour le coup, le succès phénoménal de la bande originale du film de Gérard Corbiau Farinelli, sortie en 1994 (plus d’un million d’exemplaires vendus !), qui avait révélé au grand public le « son » des Talens Lyriques et de leur chef fondateur. Oublions, surtout, la « prouesse » technologique imaginée à l’époque par l’Ircam (superposition des voix du contre-ténor Derek Lee Ragin et de la soprano Ewa Malas-Godlewska afin d’évoquer celle du légendaire castrat), pour repartir à la découverte de ce répertoire dans des conditions incomparablement plus naturelles.

Pour incarner ce véritable mythe vocal du XVIIIe siècle, le chef et claveciniste français s’est tourné, cette fois, vers une voix de mezzo-soprano, celle de la Suédoise Ann Hallenberg. Ce choix s’avère des plus judicieux, tant la cantatrice se montre d’une rare et admirable ductilité. Pour chacun des airs, elle sait trouver la juste mesure entre virtuosité électrisante (« Son qual nave ch’agitata » de Broschi, « Sta nell’Ircana » de Haendel, « Cervo in bosco » de Leo, « In braccio a mille furie » de Porpora) et nuances émouvantes (« Ombra fedele anch’io » de Broschi, « Alto Giove » de Porpora).

Impossible de ne pas succomber à ce timbre à la fois rond, fruité et mordant. Dans les arie les plus célèbres et les plus souvent servies au disque, la voix réussit à surprendre l’auditeur par son aplomb jubilatoire et sa présence singulière. Et si l’on connaît la capacité d’Ann Hallenberg à affronter avec zèle les excès pyrotechniques du genre (ses cadences ornementées sont toujours originales et de bon goût), il faut aussi entendre avec quelle délicatesse elle parvient à étirer les pages moins immédiatement valorisantes (l’aimable « Già presso al termine » de Giacomelli ou le tendre « Si pietoso il tuo labro » de Porpora).

De fait, les deux époques de la carrière de Farinelli (la première, flamboyante et extravertie, la seconde, mélancolique et plus introvertie) sont ici bien représentées. Quelle que soit l’atmosphère suggérée, le chant de la mezzo apparaît nourri, et le phrasé porté par l’émotion. Il faut dire que Christophe Rousset et ses Talens Lyriques l’accompagnent avec beaucoup d’ardeur et une bienveillance constante. Les pupitres interagissent avec la voix et tissent une relation que l’on sent pétrie d’une admiration mutuelle.

Un mot, enfin, de la qualité du livret d’accompagnement, qui reproduit les textes des airs (traduits en français et en anglais), et propose une passionnante présentation de Laura Pietrantoni, à la fin de laquelle figure l’explication de la présence d’Alcina et de Rinaldo (ces œuvres n’appartenaient pas à proprement parler au répertoire de Farinelli, mais figuraient en bis dans le programme du concert).

Parmi les nombreux disques consacrés à la figure légendaire du castrat italien (Aris Christofellis, Philippe Jaroussky, Bejun Mehta, Vivica Genaux, David Hansen…), ce dernier se classe incontestablement au plus haut niveau.

CYRIL MAZIN

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