Comptes rendus Ariadne cède à Bacchus à Montpellier
Comptes rendus

Ariadne cède à Bacchus à Montpellier

26/04/2022

Opéra Comédie, 10 avril

L’Ariadne auf Naxos selon Michel Fau – dont les trois années séparant la création, en mars 2019 (voir O. M. n° 149 p. 60 d’avril), au Théâtre du Capitole de Toulouse, de sa reprise par l’Opéra Orchestre National Montpellier, prévue à l’origine la saison suivante, mais reportée pour cause de Covid, ont inévitablement estompé le souvenir – gagne-t-elle à être revue ? Sans doute ce spectacle à l’ancienne, et assumé comme tel, doit-il la meilleure part de son exubérance aux talents de décorateur et costumier de David Belugou, qui mêle au pastiche XVIIIe de Hofmannsthal des références à l’esthétique « Art déco ».

Même sans l’effet de surprise, et malgré une moindre fébrilité, le Prologue reste juste, avec son Majordome exécrablement maniéré – que le comédien autrichien Florian Carove, sorte de double germanophone du metteur en scène, déclame avec un sadisme acerbe – surplombant les artistes agglutinés dans la fosse, ainsi renvoyés à leur condition de domestiques. L’opéra proprement dit est, en revanche, toujours plombé par un statisme qui prive d’esprit les interventions de Zerbinetta et de ses acolytes, autant qu’il fige Ariadne et Bacchus dans leur dialogue, d’abord de sourds.

Au moins les mines écarquillées, qui affublaient, à Toulouse, Catherine Hunold d’un masque plus grotesque que tragique, semblent-elles épargnées à Katherine Broderick (la reprise de la mise en scène est assurée par Tristan Gouaillier). Les restes d’une très récente contamination au Covid empêchent la soprano britannique d’épanouir pleinement des moyens considérables – et d’autant plus riches de promesses –, alliant idéalement, pour sculpter le profil à l’antique de l’héroïne abandonnée sur son île déserte, netteté, lumière et opulence.

Le Bacchus offert par l’Américain Robert Watson n’est pas moins colossal, bien que son ténor manque de hauteur, sinon d’intonation, du moins d’émission, pour lui conférer l’éclat du cuivre.

Dès longtemps portée pâle, Karine Deshayes laisse la place à la Chinoise Hongni Wu, qui fait, en Compositeur, figure de révélation. Son mezzo long et bien campé, dont l’aigu encore un rien tiré n’est que vétille, irradie de punch, à l’inverse de « masques » assez fades, emmenés par le jeune baryton polonais Mikolaj Trabka, Harlekin mal dégrossi, mais au regard et au sourire de tombeur.

C’est au Staatsoper de Vienne, où elle fut en troupe de 2013 à 2019, que Hila Fahima a étrenné sa Zerbinetta – gage d’authenticité s’il en est. Si son gosier tarde un peu à se délier, la soprano israélienne révèle, au fur et à mesure de l’ascension de « Grossmächtige Prinzessin », un charme et un abattage qui finissent par faire des étincelles.

Au pupitre, l’implication de Christian Arming ne fait pas le moindre doute, qui  se voit, et plus encore s’entend – parfois trop, tant il met d’énergie, et de timbre, ici à fredonner, là à dire le texte, à la manière de ces souffleurs zélés qui, dans certaines bandes pirates, supplantent les chanteurs. La fosse particulièrement sonore de l’Opéra Comédie tend, de surcroît, à surexposer certains pupitres, mettant à mal l’équilibre, tant au sein de l’orchestre qu’avec le plateau.

Mais, si un jeu manquant de raffinement chambriste accuse parfois des pesanteurs inopportunes, le chef autrichien insuffle à la phalange montpelliéraine un élan qui, le plus souvent, la galvanise.

MEHDI MAHDAVI


© MARC GINOT

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