CD / DVD / Livres Bejun Mehta : Cantata, Yet Can I Hear…
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Bejun Mehta : Cantata, Yet Can I Hear…

02/05/2018

Haendel – J. S. Bach – Hoffmann – Vivaldi – J. C. Bach

Akademie für Alte Musik Berlin

1 SACD Pentatone PTC 5186 669

Pour son quatrième récital en CD en contre-ténor, et alors que les premiers avaient suscité ici des réserves, Bejun Mehta nous comble autant par l’intelligence du programme que par la qualité exceptionnelle de la réalisation, notre enthousiasme égalant celui de Richard Martet pour le précédent album, Che Puro Ciel, paru chez Harmonia Mundi (voir O. M. n° 90 p. 73 de décembre 2013).

Cantates solo de la première moitié du XVIIIe siècle : soit une forme assez souple pour permettre la plus large palette d’affects, de la pastorale et de la déclaration galante au lamento et à la méditation religieuse la plus intériorisée. Haendel occupe quatre des huit sections : d’une brillante cantate de ses débuts italiens, dont le titre affiche déjà le programme (Mi palpita il cor), au conquérant I Will Magnify Thee, cinquième des Chandos Anthems, et au suave « Yet Can I Hear That Dulcet Lay » de The Choice of Hercules, qui donne son sous-titre à l’ensemble.

À côté de la cantate Ich habe genug BWV 82 de Johann Sebastian Bach, et d’une autre d’Antonio Vivaldi qui offre la seule page de haute virtuosité (Pianti, sospiri e dimandar mercede), deux raretés : une curieuse musique funèbre accompagnée de clochettes, attribuée à Melchior Hoffmann (v. 1679-1715), et surtout un -lamento de Johann Christoph Bach (1642-1703), Ach, dass ich Wassers g’nug hätte, dont la plainte d’un expressionnisme dramatique, torturé même, contraste avec la résignation sereine de l’œuvre de son illustre parent.

On ne sait ce qu’il faut le plus louer, de la beauté de timbre d’une voix parfaitement homogène, de sa transparence et de sa pureté, de la perfection de la vocalisation comme de celle du legato, de la diction d’une impeccable clarté, de l’invention des da capo, de l’expression enfin, passant d’une séduction irrésistible au recueillement le plus dépouillé ou aux accents tragiques.

L’Akademie für Alte Musik Berlin est, une nouvelle fois, le compagnon idéal. Et l’on se délectera des solos de flûte (Christoph Huntgeburth) et de hautbois (Xenia Löffler) qui s’entrelaçent, avec un rare bonheur, avec les arabesques de la voix, dans une belle prise de son, parfaitement équilibrée.

« C’est de loin l’enregistrement le plus personnel que j’ai réalisé », indique le chanteur américain, qui place lui-même l’ensemble, gravé en studio, en mai 2017, sous le signe de la « spiritualité humaniste ». 70 minutes qui joignent, en effet, au pur plaisir celui d’une méditation souvent émouvante, aboutissant finalement à un recueillement apaisé, pour ce qui est aussi une leçon de philosophie.

Édition exemplaire de Pentatone, avec textes et traductions.

FRANÇOIS LEHEL

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