Florie Valiquette : La Captive du sérail, Turqueries galantes

1 CD Château de Versailles Spectacles CVS 058

L’esclavage est un fléau qui ne dura que trop longtemps. De cette calamité, les arts, exploitant un goût pour l’exotisme qui fait florès au XVIIIe siècle, offrent une image qui refuse la tragédie au profit de la comédie, voire de la farce. La littérature, le théâtre, la peinture s’en mêlent, la musique aussi ; les contes des Mille et Une Nuits, traduits par Antoine Galland, Les Indes galantes de Rameau, les toiles orientalistes au siècle suivant, en témoignent.

Spécialité française, l’« opéra-comique » ne reste pas étranger à ces fantaisies qui permettent à l’imagination de voyager à bon compte. Grétry signe Zémire et Azor (1771) et La Caravane du Caire (1783), Philidor, La Belle Esclave (1788), Monsigny, Aline, reine de Golconde (1766), et le peu connu Paul-César Gibert, Soliman II (1761).

Ce récital, gravé en studio, en décembre 2020, propose des extraits de ces ouvrages charmants, en les confrontant à l’inspiration de Gluck pour Les Pèlerins de la Mecque (1763) et au génie mozartien de Die Entführung aus dem Serail (1782) – donné, le fait est rare, dans la « version française du livret imitée de l’allemand par Pierre-Louis Moline » (1799).

Mais qu’ont en commun ces musiques ? Une séduction immédiate. Les mélodies coulent naturellement, traduisant, avec une élégance sans affectation, des sentiments simples et des situations dramatiques convenues, mais toujours efficaces. Quant aux pages orchestrales, elles débordent de vie, d’énergie, de couleurs. Ainsi, l’Ouverture de La Caravane du Caire bénéficie d’une écriture instrumentale joliment diversifiée, et les danses d’Aline, reine de Golconde affichent un dynamisme irrésistible.

Côté chant, le fameux air « de la fauvette » de Zémire et Azor, jadis morceau de bravoure de Lily Pons, n’a rien perdu de sa virtuosité, ni le « Rose chérie » du même de sa tendresse. Zélia (La Belle Esclave)exprime, avec délicatesse, sa nostalgie, tandis qu’Amine (Les Pèlerins de la Mecque) vocalise avec aplomb. Et si l’Esclave française de La Caravane du Caire proclame joyeusement « Nous sommes nés pour l’esclavage », c’est pour mieux vanter le pouvoir de l’amour.

Florie Valiquette aborde ce répertoire avec grâce. Une fine musicalité, un timbre frais et juvénile, sont ses atouts principaux, qui font un instant oublier que la voix, très légère, n’est pas vraiment celle d’une grande héroïne d’« opéra-comique ». Le registre grave est faible et, si l’extrême aigu est facile, on l’aimerait plus brillant.

La vocalisation pourrait aussi se libérer davantage – l’air « de la fauvette » n’en aurait que plus de panache, sans parler de la Konstanze mozartienne. Florie Valiquette, qui chante ici « Ach, ich liebte » (« Loin de l’objet de ma tendresse » en français), pourrait-elle se confronter au redoutable « Martern aller Arten » (qui deviendrait « J’ai su te déplaire ») ?

Par deux fois (L’Enlèvement au sérail et Les Pèlerins de la Mecque), Nicholas Scott, ténor britannique au chant clair et délié, offre à la soprano canadienne une gentille réplique.

Dirigé avec esprit et brio par Gaétan Jarry, le jeune Orchestre de l’Opéra Royal ne ménage pas sa peine pour donner un cadre instrumental de belle tenue à ce récital original, qui s’accompagnerait volontiers de thé à la menthe, loukoums et autres cornes de gazelle.

MICHEL PAROUTY

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