CD / DVD / Livres La Seine en fête à Versailles
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La Seine en fête à Versailles

18/05/2022

1 CD Château de Versailles Spectacles CVS 064

Deux sérénades, composées par Vivaldi, ont été identifiées comme étant des commandes du comte de Gergy, ambassadeur de France à Venise : La Gloria e Himeneo (1725) et L’Unione (1727). Par association d’idées ou par facilité, on s’est longtemps dit qu’il devait en être de même pour La Senna festeggiante (La Seine en fête), où la gloire du roi Louis XV est célébrée par les échanges entre L’Età dell’oro (L’Âge d’or, soprano), La Virtù (La Vertu, alto) et La Senna (La Seine, basse).

Dans le très intéressant texte d’accompagnement de l’album qui nous parvient, le musicologue Olivier Fourès, avançant que La Senna festeggiante a été composée entre février 1724 et septembre 1725, trace les pistes d’une destination autre : un commanditaire vénitien différent ? Rome ? Turin ? Milan ? Quel que soit l’endroit où elle a été créée, l’éclat de la partition, dont le caractère circonstancié et flagorneur ne freine en rien l’inspiration de Vivaldi, s’impose dès la première écoute.

Depuis le pionnier Edwin Loehrer, en 1964, chez Cycnus, La Senna festeggiante a été bien servie au disque. Le premier enregistrement marquant fut celui de Fonit Cetra, en 1978, avec Lella Cuberli, Helga Müller-Molinari et Siegmund Nimsgern. Malgré un son indéniablement daté, le niveau de la distribution, l’exécution contrastée et nuancée de l’ensemble Cappella Coloniensis, sous la baguette d’un Claudio Scimone à son aise dans le langage vivaldien, en font une version qui s’écoute, aujourd’hui encore, avec plaisir.

La nouvelle venue, gravée dans des conditions du studio, en février 2021, à Versailles, s’impose par son équilibre et sa constance. Gwendoline Blondeel déploie son soprano clair, et Lucile Richardot captive par le grain de son timbre et sa présence. Luigi De Donato, enfin, est plein d’assurance, avec l’agilité et l’étendue requises.

Diego Fasolis et l’Orchestre de l’Opéra Royal ne méritent pas davantage de reproches. Tout est louable, juste de ton, séduisant… et pourtant, une sensation de manque s’installe et persiste jusqu’au bout. Aux charmes dispensés ici, fait défaut l’indispensable touche d’exubérance.

Cette jolie réussite ne fait donc oublier ni la version Scimone, ni celle dirigée par Robert King (Hyperion), ni, surtout, celle de Rinaldo Alessandrini, la plus nerveuse (Opus 111/Naïve).

PHILIPPE GELINAUD

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