Allan Clayton (Hamlet) – Barbara Hannigan (Ophelia) – Rod Gilfry (Claudius) – Sarah Connolly (Gertrude) – Kim Begley (Polonius)- Jacques Imbrailo (Horatio) – John Tomlinson (Ghost of Old Hamlet, Gravedigger) – David Butt Philip (Laertes) – Rupert Enticknap (Rosencrantz) – Christopher Lowrey (Guildenstern)

The Glyndebourne Chorus, London Philharmonic Orchestra, dir. Vladimir Jurowski. Mise en scène : Neil Armfield. Réalisation : François Roussillon (16:9 ; stéréo ; Dolby Digital & DTS Digital Surround)

1 DVD Opus Arte OA 1254 D & 1 Blu-ray OA BD 7231 D

Créé au Festival de Glyndebourne, en 2017 (voir O. M. n° 132 p. 38 d’octobre), l’Hamlet du compositeur australien Brett Dean (né en 1961) avait fait sensation. Le DVD, filmé les 30 juin et 6 juillet, confirme, au-delà de la qualité de la mise en scène du cinéaste Neil Armfield, la valeur intrinsèque d’une œuvre qui a tout pour s’imposer durablement au répertoire.

Premier atout : le livret de Matthew Jocelyn qui, sans rien ajouter (sauf un mot !) au texte de Shakespeare, raccourcit la pièce originale (il reste deux heures quarante-cinq de musique), diminue l’importance de certains rôles, réattribue ou déplace certaines répliques et divise la soirée en douze scènes, qui s’enchaînent sans transition.

Deuxième atout : la partition, remarquablement écrite, intrinsèquement théâtrale, riche en climats mystérieux, en onomatopées sonores des instruments ou en allitérations des voix. La dimension spatialisée de l’exécution orchestrale et chorale ressort évidemment moins nettement en DVD, mais l’excellente réalisation de François Roussillon enrichit, en contrepartie, la perception de cadrages et gros plans pertinents.

La mise en scène de Neil Armfield a la double vertu de l’humilité et de l’efficacité. Et la beauté des décors de Ralph Myers et des lumières de Jon Clark laisse ce qu’il faut de royal et d’exceptionnel dans le propos, nonobstant la transposition à l’époque actuelle.

Les deux plus impressionnants héros de la soirée sont sur la photo illustrant la pochette. Allan Clayton d’abord, Hamlet aussi halluciné qu’hallucinant, résolument marginal mais irrésistiblement séduisant, qui chante, joue et danse avec une énergie confondante. John Tomlinson ensuite, torse nu et presque animal, revenant incarner, à 70 ans, avec le charisme et la solidité qu’on lui connaît, trois rôles courts mais marquants : le Spectre du vieil Hamlet, le Fossoyeur et un acteur de la pièce.

Le reste de la distribution est tout aussi remarquable, confirmant la règle selon laquelle la présence de grandes voix autour du berceau d’une œuvre nouvelle est souvent l’indice de sa valeur. Ainsi, Rod Gilfry, Sarah Connolly, Kim Begley, Jacques Imbrailo, tout comme les contre-ténors Rupert Enticknap et Christopher Lowrey, sont absolument formidables.

Barbara Hannigan se montre, une fois encore, extraordinaire comédienne, et chanteuse souple et ductile dans son incarnation d’Ophelia – même si, l’ayant vue depuis dans les créations de Lessons in Love and Violence de George Benjamin et Bérénice de Michael Jarrell, nous avons de plus en plus la sensation que la « patte » Hannigan a quelque chose de systématique.

Retrouvant la fosse de Glyndebourne, dont il fut longtemps directeur musical, Vladimir Jurowski dirige le London Philharmonic Orchestra avec clarté et enthousiasme.

NICOLAS BLANMONT

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