3 CD Château de Versailles Spectacles CVS 054

Il faut, une fois encore, le rappeler : Jean-Claude Malgoire (1940-2018) fut, en France, l’un des pionniers du baroque musical renaissant. On lui doit, en 1972, la résurrection des Paladins – en extraits seulement, publiés par CBS et jamais réédités en CD par Sony Classical. En 1990, Pierre Verany immortalisait deux concerts donnés à l’Atelier Lyrique de Tourcoing, institution sur laquelle Malgoire veillait depuis 1981. Comme pour la parution précédente, une distribution modeste, mais convaincue ; et, malheureusement, des coupures substantielles.

En 2010, Coviello Classics captait une production du Deutsche Oper am Rhein, utilisant une partition éditée par William Christie (rien de mémorable vocalement et un français pour le moins malmené, sauf par le ténor Anders J. Dahlin). Ce même Christie qui, en 2004, avait dirigé, au Châtelet, une version vivifiante, dans la mise en scène trépidante des chorégraphes Dominique Hervieu et José Montalvo, réussite heureusement préservée en DVD chez Opus Arte.

La route était tracée pour aller plus loin dans la redécouverte. On attendait donc le concert prévu à l’Opéra Royal de Versailles, le 16 janvier dernier, hélas reporté à une date ultérieure, pour cause de pandémie. Heureusement, le disque de studio, réalisé dans la Galerie des Batailles, en décembre 2020, est là pour combler la frustration des mélomanes.

La création des Paladins eut lieu à l’Académie Royale de Musique, le 12 février 1760, et ne déclencha pas l’enthousiasme. Charles Collé, mauvaise langue s’il en fut et brouillé avec Rameau, traita le livret d’inepte et trouva la musique « d’un ennui insoutenable». Certes, l’intrigue est d’une minceur extrême – un barbon épris d’un tendron qu’il retient prisonnière, jusqu’au moment où celui qu’elle aime vient la délivrer, rien là d’original. Qu’importe : les portes d’une imagination sans limites sont ouvertes.

Et l’imagination, le compositeur, alors entré dans sa 77e année, n’en manque pas. Jusqu’à prendre le risque de déplaire, en laissant le comique l’emporter sur le sérieux, et, en pleine « Querelle des Bouffons », en pastichant les styles italien et français. La pertinence de l’écriture vocale n’a d’égale que la luxuriance orchestrale (clarinettes, hautbois, cors), et les épisodes chorégraphiques n’en finissent pas de séduire.

Le couple d’amants est confié à Sandrine Piau et Mathias Vidal, fins connaisseurs de ce répertoire. Tous deux font assaut de charme et de poésie, mais aussi d’humour en s’opposant aux empêcheurs de tourner en rond, campés avec truculence par Florian Sempey et Nahuel Di Pierro – il est permis de trouver le registre grave de ce dernier un peu trop sec. Anne-Catherine Gillet détaille, de façon exquise, les airs aériens et ornés de Nérine, la rusée suivante d’Argie, et Philippe Talbot campe, avec esprit, la fée Manto. On sait gré à tous de rester sur le fil du rasoir séparant la farce de la charge outrancière.

Valentin Tournet est la révélation de cette intégrale. Non seulement il a préparé l’édition, donnant en appendice des pages « retirées au cours des répétitions », mais il dirige avec une conviction qui emporte immédiatement l’adhésion. Des tempi vifs mais équilibrés, un goût de la couleur orchestrale, voilà qui fait revivre ces Paladins avec élégance et dynamisme.

MICHEL PAROUTY

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