CD / DVD / Livres Gaëlle Arquez : Ardente Flamme
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Gaëlle Arquez : Ardente Flamme

23/10/2017

Iphigénie en Aulide, Médée, Armide, Le Roi d’Ys, Carmen, La Damnation de Faust, Sapho, Mignon, Cléopâtre, Werther, Clytemnestre
Orchestre National Bordeaux Aquitaine, dir. Paul Daniel

1 CD Deutsche Grammophon 481 6425

Le chant français se porte décidément très bien ! Même si l’on peut regretter qu’aucune grande voix dramatique, type Brunehilde ou Dalila, n’ait émergé depuis de longues années, la percée de Gaëlle Arquez, suivant de peu celles de Sabine Devieilhe et Marianne Crebassa, a quelque chose de réjouissant. Et il faut remercier des multinationales comme Universal Music, Warner Classics & Erato ou Sony Classical d’avoir le courage d’accompagner le mouvement, sur un marché du disque dont on connaît les difficultés.

Gravé en studio, en mai 2017, le premier récital d’airs d’opéra de Gaëlle Arquez est un formidable accomplissement. Parcourant un peu plus d’un siècle de musique vocale française, d’Iphigénie en Aulide de Gluck (1774) à Werther (1892), le programme fait la part belle aux emplois de tragédienne dans lesquels on sait que la jeune mezzo excelle, notamment depuis son impressionnante Armide de Gluck au Staatsoper de Vienne, puis à l’Auditorium de Bordeaux et à la Philharmonie de Paris, à l’automne 2016.

L’air d’Armide à l’acte III (« Ah ! Si la liberté me doit être ravie ») figure d’ailleurs en bonne place dans l’album, après ceux de Clytemnestre dans Iphigénie en Aulide et Néris dans Médée, et compte parmi ses plus grandes réussites. Tout, en effet, prédispose Gaëlle Arquez à la « tragédie lyrique » française du XVIIIe siècle : la noblesse de la projection, la qualité de la diction, la rectitude du phrasé.

Autant d’atouts que l’artiste met ensuite au service de Marguerite dans La Damnation de Faust, Sapho de Gounod, Cléopâtre de Massenet, Carmen et Charlotte dans Werther, tragédiennes elles aussi, chacune à leur manière, ayant en plus besoin d’une séduction dans le timbre dispensée ici à profusion. « D’amour l’ardente flamme » frémit de jeunesse et de sensualité, « Ô ma lyre immortelle » envoûte, « J’ai versé le poison dans cette coupe d’or » émeut, la « Séguedille » enjôle, l’air « des lettres » et celui « des larmes » bouleversent.

Dans ce parcours « tragique », la touchante simplicité de Mignon (« Connais-tu le pays ») apporte une respiration d’autant plus bienvenue que Gaëlle Arquez y fait preuve d’un charme et d’une sensibilité qui vont droit au cœur. Quant à la cantate Clytemnestre d’André Wormser (1851-1926), qui valut à son auteur le prix de Rome en 1875, enregistrée ici en première mondiale, elle boucle en apothéose un parcours d’une cohérence exemplaire.

Oserons-nous un (léger) bémol ? Quelle que soit l’intensité de son tempérament, Gaëlle Arquez n’a ni l’ampleur vocale, ni la violence dans l’accent, exigées par Margared du Roi d’Ys (« Lorsque je t’ai vu soudain reparaître »). Lalo connaissait certes très bien son Gluck et son Cherubini, mais l’influence de Wagner est ici prégnante, celle d’Ortrud dans Lohengrin, en particulier, rôle hors de portée pour la mezzo française.

De bout en bout, Paul Daniel et l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine sont des partenaires à la hauteur de l’enjeu. La précision et la souplesse de la direction, la volupté des sonorités dans Gounod, Massenet ou Wormser, procurent des frissons de plaisir chez l’auditeur, à l’instar de soli instrumentaux (basson, cor -anglais, -saxophone…) d’une qualité extraordinaire.

RICHARD MARTET

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