Mozart

La finta giardiniera

Carlo Allemano (Il Podestà) – Erin Morley (Sandrina/

La Marchesa Violante) – Enea Scala (Il Contino Belfiore) – Marie-Adeline Henry (Arminda) – Marie-Claude Chappuis (Il Cavaliere Ramiro) – Maria Savastano (Serpetta) – Nikolay Borchev (Nardo/Roberto)
Le Concert d’Astrée, dir. Emmanuelle Haïm. Mise en scène : David Lescot. Réalisation : Jean-Pierre Loisil (16:9 ; stéréo : PCM 2.0 ; Dolby Digital 5.1)

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La première bonne idée de David Lescot est d’avoir fait mimer par Belfiore et Violante, pendant l’Ouverture, le faux assassinat de la seconde, censé être survenu avant le début de l’opéra. Ce qui éclaircit vite l’imbroglio et la suite des événements, sans cela incompréhensibles jusqu’au milieu du deuxième acte. Sa seconde bonne idée est d’avoir imaginé des jardiniers figurants, installant et déplaçant sans cesse arbustes et fleurs, en créant une animation qui atténue les longueurs de l’œuvre. Ce décor paysager mouvant illustre en plus à merveille les états d’âme des protagonistes, tels ces tournesols servant d’exutoire aux colères d’Arminda.

Cette production nous avait ravis, en mars 2014, à l’Opéra de Lille (voir O. M. n° 95 p. 37 de mai), et nous avions conclu notre compte rendu en espérant la sortie d’un DVD. Le voici qui vient à point pour prolonger l’enchantement, les caméras, intelligemment manipulées par Jean-Pierre Loisil, dévoilant encore mieux le travail subtil de David Lescot, ainsi que sa direction d’acteurs efficace.

Il faut dire que les chanteurs se montrent de superbes comédiens, jouant de toutes les facettes de la bouffonnerie, de la colère, des sentiments amoureux et du désespoir, avec un brio digne d’une troupe de théâtre chevronnée. Les gros plans en portent constamment témoignage, et l’on ne sait ce qui réjouit le plus : le sadisme snob d’Arminda, à la badine facile, les facéties délirantes de Belfiore ou l’hystérie drolatique de Serpetta.

Bien sûr, le coup de théâtre précédant le finale du II (le mur du fond s’écroule pour dévoiler une sombre forêt) est moins spectaculaire à l’écran, mais David Lescot parvient ensuite à nous intéresser aux excessifs accès de folie des personnages et à dynamiser le long troisième acte. Car l’un des mérites de cette production est bien de surmonter les invraisemblances d’un livret embrouillé et d’en faire du vrai théâtre : bref, de donner le statut de chef-d’œuvre à La finta giardiniera.

La direction vivante, enivrante et précise d’Emmanuelle Haïm exalte la variété des climats de la partition, à la tête d’un Concert d’Astrée éblouissant de punch et somptueux de sonorité. La Sandrina d’Erin Morley se révèle aussi touchante que délicieusement virtuose. Enea Scala, impayable dans la fantaisie bouffe de Belfiore, est excellent dans son chant de ténor volubile, même si ses aigus passent moins bien devant les micros que dans la salle.

Marie-Adeline Henry incarne, avec beaucoup d’aisance, une Arminda top model hystérique. Maria Savastano est une Serpetta bondissante et joliment timbrée, Marie-Claude Chappuis campant un bouillant Ramiro – quoique aux graves un peu légers. Nikolay Borchev, Nardo à la voix ombrée et agile dans le bas du registre, est une révélation, au côté du Podestat plein d’expérience et de mordant de Carlo Allemano.

Près de trois heures qui passent comme un rêve drolatique : peu d’opéras de jeunesse de Mozart ont bénéficié d’une telle réussite ! Évidemment, ce DVD surclasse tous ceux qui l’ont précédé.

Jean-Luc Macia

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