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Comptes rendus

La reprise de L’elisir d’amore à l’Opéra de Paris

22/11/2018

Dans la série des couples qui se sont succédé dans la production de Laurent Pelly, depuis sa création à l’Opéra National de Paris, en 2006 (voir, en dernier lieu, O. M. n° 112 p. 57 de décembre 2015), celui formé par Lisette Oropesa et Vittorio Grigolo restera comme l’un des plus contrastés, pour ce qui est de la personnalité, et l’un des plus captivants, sur le plan vocal.

Après son éblouissante Marguerite de Valois dans Les Huguenots, la soprano américaine fait valoir, en Adina, la même science de la colorature, la même subtilité dans les variations qui, associées à un engagement de tous les instants, compensent largement les limites d’une voix un peu légère pour le grand vaisseau de la Bastille. Il faut, toutefois, attendre le second duo avec Nemorino (« Esulti pur la barbara »), pour que la soirée décolle et que le couple atteigne son point d’accomplissement.

Le ténor italien, dont la voix s’est singulièrement étoffée, sans rien perdre de sa souplesse, cabotine un peu trop, mais il s’impose avec maestria dans les passages lyriques de Nemorino. « Una furtiva lagrima » lui vaut un petit triomphe, émaillé de quelques demandes de bis de la part du public, enthousiasmé par la beauté de son phrasé.

Passé l’air d’entrée de Belcore, dont il peine à assumer les aspects belcantistes, Étienne Dupuis fait valoir un baryton bien timbré dans une composition tout à fait convaincante de lourdaud machiste, plutôt débonnaire et gentiment ridicule. Voix solide et chanteur fiable, Gabriele Viviani n’a pas la faconde des grands Dulcamara, mais il donne mieux qu’une réplique efficace à ses partenaires. Adriana Gonzalez mérite, enfin, une mention, pour la finesse et la musicalité avec lesquelles sa Giannetta mène le petit ensemble féminin « Sarà possibile ? ».

La réussite de la soirée doit beaucoup à la direction équilibrée de Giacomo Sagripanti, qui fait chanter merveilleusement les vents de l’Orchestre de l’Opéra National de Paris dans un deuxième acte d’anthologie.

N’étaient quelques gags toujours un peu lourds, la mise en scène n’a rien perdu de son pouvoir d’évocation, grâce aux costumes de Laurent Pelly et au décor rustique de Chantal Thomas. Le public se laisse donc aisément prendre au charme rétro et bon enfant d’une production de répertoire qui, en douze ans, n’a quasiment pas vieilli.

ALFRED CARON

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