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L’Ange de Nisida de Donizetti

04/01/2021

L’Ange de Nisida n’a jamais été représenté du vivant de Donizetti. Le Théâtre de la Renaissance, à Paris, où il était annoncé pour le début de l’année 1840, fit faillite et l’essentiel du sujet, comme plusieurs morceaux musicaux, furent reyclés dans La Favorite, créée le 2 décembre 1840, à l’Académie Royale de Musique. Si l’on ajoute à ces détails historiques qu’une partie de l’ouvrage reprenait déjà des fragments d’Adelaide, opéra inachevé de 1834, et que la partition n’a été retrouvée qu’en ordre dispersé, on ne peut que souligner le formidable travail de restauration effectué par Candida Mantica.

Le premier résultat des recherches de cette musicologue avait été une intégrale de la firme Opera Rara, dirigée par Mark Elder et parue au printemps 2019, pour laquelle le compositeur Martin Fitzpatrick avait réécrit les fragments perdus de l’original (voir O. M. n° 151 p. 79 de juin). Quelques mois plus tard, le Festival « Donizetti Opera » de Bergame offrait la première scénique de cette rareté, minutieusement – on pourrait même dire miraculeusement – sortie de l’oubli, le DVD opérant un montage de trois représentations (13, 16 & 21 novembre 2019).

Dans son compte rendu du spectacle, Paolo di Felice écrivait opportunément : « Dans le souci de rester le plus fidèle possible au compositeur, les compléments de Fitzpatrick ont été écartés, les chanteurs mimant les récitatifs manquants. » Il saluait également « l’indéniable puissance suggestive » du dispositif scénique, ainsi que l’excellent niveau de la direction musicale et de l’interprétation (voir O. M. n° 157 p. 60 de -janvier 2020).

En regardant ce DVD, comment ne pas partager sa satisfaction ? Dans un Teatro Donizetti en pleine rénovation, Francesco Micheli a eu raison de faire se dérouler l’action sur le sol du parterre, comme s’il s’agissait d’un numéro de cirque (on songe, par moments, au film de Max Ophüls, Lola Montès). Cela permet de donner une vie nouvelle à cette intrigue jouant constamment sur l’illusion, la dissimulation, voire le mensonge.

Pour cet opéra chanté en français, la présence au pupitre de Jean-Luc Tingaud est un gage de qualité. Le chef réussit parfaitement à retracer ce récit, où la passion et le pouvoir, la foi religieuse et les flagorneries courtisanes opposent, sous les regards d’un chœur opportuniste, cinq personnages bien typés.

À l’exception du Moine par trop grisâtre de Federico Benetti, la distribution n’appelle que des éloges. À commencer par Florian Sempey qui, dans le rôle de Don Fernand d’Aragon, montre, une fois encore, sa grande classe. Séduisante à tous égards, et toujours juste dans son jeu, Lidia Fridman est la révélation de la production. On suivra, avec beaucoup d’intérêt, la carrière de cette soprano russe.

Avec autant d’élégance que d’ardeur, Konu Kim endosse les habits du ténor romantique. Quant à Roberto Lorenzi, qui incarne ici un personnage « bouffe » que l’on ne retrouvera pas dans La Favorite – dans ce cirque du pouvoir, n’est-il pas l’indispensable Monsieur Loyal ? –, sa présence ajoute à ce drame, censé se dérouler près de Naples, dans l’île de Nisida, une touche de légèreté italienne que, même installé à Paris, Donizetti n’a pas manqué de mettre en valeur.

PIERRE CADARS

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