Comptes rendus Le Roi Pausole voyage à Montpellier
Comptes rendus

Le Roi Pausole voyage à Montpellier

04/05/2022

Opéra Comédie, 29 avril 

Les Aventures du Roi Pausole est une délicieuse opérette, qui connut un grand succès lors de sa création, le 12 décembre 1930, au Théâtre des Bouffes-Parisiens. Comment se fait-il qu’elle ait depuis quasiment disparu des affiches – le dernier compte rendu, publié dans ces colonnes, remonte à la nouvelle production donnée au Grand Théâtre de Genève, en décembre 2012, avec Jean-Philippe Lafont en Roi Pausole ?

Le livret d’Albert Willemetz, d’après le roman de Pierre Louÿs, est certes grivois, mais pas graveleux. Bourré d’humour, de calembours et de jeux de mots, il raconte l’histoire du souverain d’un pays paradisiaque, dans lequel toutes les licences sont permises, sauf à sa propre fille. Pausole, lui-même, possède trois cent soixante-cinq femmes, une pour chaque jour de l’année, plus une pour les bissextiles.

Mais sa fille, la Blanche Aline, se désole de ne pas avoir la même liberté que le reste de son peuple, et s’enfuit, d’abord avec Mirabelle, une musicienne travestie, pour finir dans les bras de Giglio, un simple page, ce qui occasionne au passage quelques réflexions bien senties sur l’identité sexuelle, presque un siècle avant qu’on en parle vraiment. Pausole se lance alors à sa poursuite, ce sera la grande et unique aventure de sa vie. Entre-temps, les couples se rencontreront, se feront et se déferont.

Même si on ne l’attendait pas au tournant de la comédie légère, Arthur Honegger (1892-1955) s’est visiblement amusé comme un fou. La partition se nourrit du « musical » américain, avec de nettes influences jazzy, mais on y découvre aussi, avec bonheur, de réjouissants pastiches : Aline pleure son sort avec les accents de Mélisande ; Pausole raconte les tribulations de son père, dernier détenteur de la coupe du roi de Thulé, avec les intonations de Marguerite dans Faust ; quant au trio « des baisers », il ne peut provenir que de Chabrier, et le duo « du rêve », d’Offenbach. En cherchant bien, on débusque même Messager, Rossini, Bizet, voire Schubert !

Nous avions déjà vu, en 2004, à l’Opéra-Comique, une production qui ne nous avait pas entraînée dans la même jubilation que celle de l’Opéra Orchestre National Montpellier. C’est que la mise en scène de Damien Robert est vraiment virtuose, et la troupe admirable, malgré son jeune âge. Le décor est simple : des voilages entourant le plateau avec, au fond, une structure permettant de définir les différents lieux de l’action. Quant aux costumes, ils sont seyants, et tout aussi amusants que l’action. Mais ce sont surtout les déplacements de foule, réglés comme du papier à musique, qui emportent l’adhésion, Damien Robert disposant d’un effectif extraordinaire.

Les membres (chœurs et solistes) d’Opéra Junior, professionnels jusqu’au bout des ongles, se comportent comme des routiers aguerris ; excellemment préparés, ils se montrent aussi bons acteurs et chanteurs que danseurs. Bien sûr, ils sont très loin encore de pouvoir affronter individuellement la scène, mais on remarque la poétique et ravissante Aline de la soprano Maëva Mercat, ainsi que le Giglio joliment timbré du ténor Léo Thiéry.

À la tête de l’Orchestre National Montpellier Occitanie, Jérôme Pillement, qui dirige Opéra Junior depuis 2009, mène avec vigilance son petit monde à bon port.

CATHERINE SCHOLLER


© MARC GINOT

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