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Les Arts Florissants : Si vous vouliez un jour…

05/04/2019

Pourquoi s’arrêter en chemin ? Après l’album Bien que l’amour… : Airs sérieux et à boire (voir O. M. n° 117 p. 78 de mai 2016), voici la suite espérée, enregistrée en studio, en avril 2016. Pourquoi changer une équipe qui gagne ? À une exception près (exit Marc Mauillon, tandis qu’arrive Reinoud Van Mechelen), les solistes sont les mêmes, et les instrumentistes inchangés – deux violons, une viole de gambe, un théorbe et le maître Christie à la direction et au clavecin. Tout aussi inchangé, le plaisir que l’on éprouve en écoutant ces miniatures, témoignages d’une culture aristocratique et raffinée qui rayonna sur le XVIIe siècle.

Les airs « à boire » sont en minorité, signés Étienne Moulinié. Derrière le bref Amis, -enivrons-nous du vin d’Espagne en France, se profile la silhouette de Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII, dont le compositeur était Intendant de la Musique ; et l’on peut classer dans cette même catégorie le jovial Guillot est mon ami, dont les paroles ne manquent pas de sel – on ne se demande pas longtemps quel est le « gentil chalumeau » qui fait « se pâmer de rire » l’héroïne !

Les autres airs sont dits « sérieux », où l’on parle de l’amour. Tendresse, douleur, passion jalonnent cette carte du Tendre, dont la musique – mélodies délicates et accompagnements savamment dosés – se met au service des mots et de l’expression des sentiments.

Plastique irréprochable de la ligne musicale, sensibilité de la déclamation, prononciation à l’ancienne : solos et ensembles témoignent de l’art des interprètes, sous la direction mesurée de William Christie. Très prolifiques, Michel Lambert et Sébastien Le Camus rivalisent de charme et d’élégance ; du second, le velours d’Anna Reinhold illumine la sombre douleur de Laissez durer la nuit, impatiente Aurore, tandis que la féminité juvénile d’Emmanuelle de Negri évoque gracieusement l’innocence des « petits oiseaux amoureux » qui s’ébattent dans Ah ! que vous êtes heureux.

Leurs partenaires masculins n’ont rien à leur envier. Cyril Auvity détaille avec ferveur Vos -mépris chaque jour me causent mille alarmes de Lambert (dont on remarquera la superbe introduction instrumentale), le tact de Lisandro Abadie fait merveille dans Enfin la beauté que j’adore de Moulinié, et Reinoud Van Mechelen trouve des couleurs émouvantes pour magnifier Tristes déserts, sombre retraite de Marc-Antoine Charpentier.

Sans surprise, ce dernier demeure le plus inventif des compositeurs ici réunis. Et l’on découvre un petit joyau, la « pastoraletta » Amor vince ogni causa, dont les trois courtes scènes rappellent que l’auteur, lors de son séjour à Rome, n’avait pas été indifférent à l’art musical italien. C’est un pas vers l’opéra, comme, dans un style plus français, l’Églogue de Bergers qui ouvre l’enregistrement.

Qu’attendons-nous maintenant, si ce n’est un volume 3 ?

MICHEL PAROUTY

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