Comptes rendus Les Vêpres retrouvent Palerme
Comptes rendus

Les Vêpres retrouvent Palerme

04/02/2022

Teatro Massimo, 20 & 22 janvier

S’il est un ouvrage prédestiné à être joué à Palerme, c’est bien Les Vêpres siciliennes, créé à l’Opéra de Paris, en 1855, dont le sujet s’inspire d’un fait réel, celui du soulèvement des Siciliens, en 1282, contre l’occupant français. Ce chef-d’œuvre a donc été choisi pour ouvrir la saison du Teatro Massimo, confié à l’enfant du pays, la metteuse en scène Emma Dante, habituée des lieux.

Pour cette première chic, tapis rouge et robes du soir sont de mise, la représentation étant retransmise, en direct, sur Arte.tv. Moins excessive et radicale que par le passé, Emma Dante suit avec application l’intrigue, qui dépeint, avec un grand luxe de détails, les rapports entre occupants et occupés. Nous sommes donc à Palerme, comme l’atteste ce décor inspiré de la Fontana Pretoria, avec ses escaliers et ses statues aux visages d’animaux (une petite entorse signée Carmine Maringola), dans un temps volontairement brouillé, où pupi (marionnettes traditionnelles), charrette décorée et céramiques ouvragées rappellent les marqueurs de la Sicile et son folklore exubérant.

Globalement respectueuse, Emma Dante ne résiste pourtant pas à la tentation de faire un sort au long ballet, écrit tout spécialement pour le public parisien, préférant n’en donner que quelques fragments à chaque acte. Le premier vient clore le I, accompagné par une musique additionnelle jouée par une banda, pendant qu’une ballerine, filmée en direct, enjambe les déchets d’une décharge publique. Moins subversifs, mais lourds de sens, les autres passages chorégraphiés, mêlant danse classique et hip-hop, sont plutôt réussis.

Adepte d’une direction d’acteurs minimaliste, Emma Dante se montre plus inspirée dans les scènes de foule, où la tension est palpable, que dans les moments plus intimes, où les chanteurs vont à l’essentiel. Englués dans d’inextricables conflits intérieurs, où le désir de vengeance, la défense de l’honneur, de la famille ou de la patrie conduisent fatalement au drame, les personnages sont tous amenés à prendre des décisions terribles, aux conséquences tragiques.

Portés par l’électrisant chef israélien Omer Meir Wellber, toujours attentif au style et capable de ciseler les transitions, les interprètes, malgré quelques défaillances, parviennent à se surpasser.

Selene Zanetti campe une Hélène fièrement engagée. Sans avoir l’instrument idoine pour répondre aux monstrueuses difficultés de l’emploi (mais qui le possède aujourd’hui ?), la soprano italienne tient bon le cap, avant d’accuser quelques signes de fatigue, aux derniers actes. Elle doit alors escamoter certaines phrases (glissando et graves de l’air « Ami ! le cœur d’Hélène »), et même « marquer » pendant le trio final.

Leonardo Caimi est loin d’avoir la tessiture inhumaine du rôle d’Henri mais, malgré une quinte aiguë faisant constamment craindre le pire, son courage et sa ténacité sont à souligner. Si Erwin Schrott fait son numéro habituel en Procida, sa voix et son jeu ont un certain charme, ce qui permet d’oublier un texte chahuté, quand il n’est pas oublié. Mattia Olivieri, enfin, est une véritable découverte en Montfort. Diction quasi parfaite, timbre élégant et corsé, interprétation fouillée, ce chanteur est résolument un talent à suivre.

La seconde distribution réserve quelques bonnes surprises, à commencer par un bien meilleur Henri, vaillant, aux aigus puissants et à l’engagement réel. Aidé par la baguette urgente d’Omer Meir Wellber, Giulio Pelligra ne lâche rien et surclasse nettement Leonardo Caimi, notamment dans son magnifique air du IV « Ô jour de peine et de souffrance ! ».

Maritina Tampakopoulos ne possède pas plus que Selene Zanetti les moyens d’un authentique soprano drammatico d’agilità, mais elle aussi, emportée par l’action, livre une belle performance en Hélène, qui culmine, dans son cas, au IV et au V. Fabrizio Beggi est satisfaisant en Procida, moins charismatique qu’Erwin Schrott, mais plus intelligible, tandis que Gezim Myshketa dessine un Montfort moins subtil que celui de Mattia Olivieri.

Les chœurs, préparés avec soin, et les comprimari complètent cette imposante nouvelle production, chaleureusement accueillie par le public. On pourra la revoir dans les théâtres partenaires, à Naples, Bologne et Madrid.

FRANÇOIS LESUEUR


© ROSELLINA GARBO

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