Comptes rendus Luxueuse Iolantha à Baden-Baden
Comptes rendus

Luxueuse Iolantha à Baden-Baden

02/05/2022

Festspielhaus, 17 avril

Belle idée de compléter La Dame de pique par une version de concert de Iolantha, même si les productions récentes de Peter Sellars (Madrid, Aix-en-Provence, Lyon) et Dmitri Tcherniakov (Paris) nous ont confirmé à quel point l’ultime opéra de Tchaïkovski gagnait à être mis en scène.

Comme on pouvait s’y attendre, Kirill Petrenko et le Berliner Philharmoniker rendent justice à la somptueuse orchestration du compositeur. Pourtant, le miracle n’opère pas tout à fait comme la veille. La luxuriance, le lyrisme, voire l’ivresse, sont au rendez-vous, en particulier dans un finale électrisant, mais l’émotion qui nous avait saisi à Madrid, au moment de l’éveil à l’amour, puis à la lumière, de l’héroïne, est absente. Quelle que soit notre admiration pour Kirill Petrenko, Teodor Currentzis, autre génie actuel de la baguette, faisait encore mieux que lui dans Iolantha.

La faute à une prima donna arrivée très peu de temps avant le concert ? À un ténor en difficulté ? Peut-être. Après son forfait pour Anna Bolena, au Théâtre des Champs-Élysées, six jours plus tôt, on se demandait si Sonya Yoncheva honorerait le rendez-vous de Baden-Baden. La soprano bulgare, vêtue d’une magnifique robe blanche bordée de noir, est entrée en scène dans une forme vocale superbe. Quand elle chante aussi bien, on comprend pourquoi c’est l’une des divas les plus admirées de notre époque !

Depuis les représentations de l’Opéra National de Paris, en 2016, immortalisées en DVD par BelAir Classiques, on sait que le rôle de Iolantha lui va comme un gant. Elle en a la puissance, le rayonnement et, surtout, l’indispensable mélange de sensualité et de candeur dans le timbre et l’accent. Ajoutons-y une allure royale, certes peu en rapport avec la psychologie du personnage, mais parfaitement en situation dans cette version de concert, où elle accroche l’œil et l’oreille dès son apparition.

Peut-on reprocher à Sonya Yoncheva l’attaque trop basse du si aigu fortissimo, à la fin de son duo avec Vaudémont ? Avec un ténor hurlant faux dans ses oreilles, depuis plusieurs minutes, ce serait injuste. L’Arménien Liparit Avetisyan – en lieu et place de l’Ukrainien Dmytro Popov, initialement annoncé – possède une jolie voix, se montre ardent dans ses effusions amoureuses, mais le rôle se situe résolument hors de sa portée, en termes d’ampleur et d’endurance.

Autour de ce couple un peu déséquilibré, entouré de seconds plans corrects, sans plus, se détachent un René et un Robert exceptionnels. La basse finlandaise Mika Kares déploie une voix saine, robuste, à l’aigu glorieux, tandis que le baryton moldave Andrey Zhilikhovsky s’impose par l’irrésistible séduction de son timbre et la facilité de son émission.

RICHARD MARTET


© MONIKA RITTERSHAUS

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