Magdalena Kozena

Monteverdi Anna Prohaska (soprano)
La Cetra, dir. Andrea Marcon

1 CD Archiv Produktion 479 4595

Sous le simple titre Monteverdi, Magdalena Kozena célèbre son répertoire d’origine (de prédilection ?), celui qui, durant ses années d’apprentissage à Brno, l’a propulsée vers les premiers vrais succès. Mêlant madrigaux et extraits d’opéra, le présent florilège sonde sans ambages la richesse expressive inouïe du maître de Crémone.

La fluidité éclatante des Scherzi musicali, l’intensité déchirante de certains Lamenti ou la grandeur tragique des airs tirés de L’incoronazione di Poppea n’ont aujourd’hui, il est vrai, plus beaucoup de secrets pour la mezzo tchèque. Déjà, un précédent récital, baptisé Lettere Amorose (sorti en 2011 chez Deutsche Grammophon), montrait à loisir les vives affinités de l’interprète avec le compositeur.

Dans cette musique dominée par le style du recitar cantando, Magdalena Kozena se montre souveraine. Vibrante, raffinée, généreuse et inspirée, son approche de ces pages illustres s’inscrit sans peine parmi les plus éloquentes entendues ces derniers temps. Et la collaboration artistique avec Andrea Marcon, directeur musical de l’ensemble La Cetra, s’avère, une fois encore, des plus fructueuses dans cet album, gravé en studio, en novembre 2014.

Comme autant d’histoires chantées et révélées dans l’instant même, la ligne vocale s’épanouit au travers d’un flux expressif d’une variété rare. En parfaite osmose, les interprètes s’épaulent sans relâche sur le front de l’émotion pure (bouleversant Lamento della ninfa), de l’assise rythmique (implacable Combattimento di Tancredi e Clorinda) et de la véhémence (troublant « Addio, Roma ! » de L’incoronazione di Poppea).

Voix et instruments conversent, de fait, avec une aisance irrésistible. Chacun accorde une attention suprême aux inflexions de l’autre, sans jamais renoncer à une respiration mutuelle. Outre les interventions zélées d’un quatuor de voix masculines, la soprano Anna Prohaska prête à deux reprises son concours voluptueux. Si le séduisant « Zefiro torna, e di soavi accenti » laisse s’envoler de superbes échos en forme d’échanges virtuoses, le « Pur ti miro » conclusif fascine, lui, par ses dissonances subtilement alanguies.

Placés sous la direction solaire d’Andrea Marcon, les instrumentistes de La Cetra épousent, avec une passion évidente, les mélismes de Monteverdi. Délicatement irisé par un instrumentarium versatile (théorbe, archiluth, guitare baroque, psaltérion), le tissu sonore se révèle tour à tour ascétique, foisonnant et sensuel.

Un disque en tout point remarquable.

CYRIL MAZIN

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