CD / DVD / Livres Massenet : Don César de Bazan
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Massenet : Don César de Bazan

30/06/2020

En mars 2016, à Paris, au Théâtre de la Porte Saint-Martin, les amateurs de raretés lyriques découvraient Don César de Bazan de Massenet (voir O. M. n° 117 p. 61 de mai). Une agréable surprise pour les mélomanes ; et une réussite à mettre au compte de la compagnie Les Frivolités Parisiennes, spécialiste de ces résurrections.

Le 30 novembre 1872, date de la création de l’ouvrage, à -l’Opéra-Comique, le futur auteur de Werther est âgé de 30 ans. À son actif, si l’on excepte les titres perdus ou inachevés, La Grand’Tante, un acte donné sur la même scène, en 1867. Don César de Bazan, « opéra-comique » sur un livret de Jules Chantepie, Dumanoir et Adolphe d’Ennery, est tiré d’une pièce de théâtre de ce dernier (1844), qui connut un tel succès qu’elle donna lieu à d’autres œuvres musicales (dont Maritana de William Vincent Wallace), ainsi qu’à plusieurs adaptations cinématographiques, dont une, muette, Rosita d’Ernst Lubitsch, en 1923. Don César, l’un des personnages du Ruy Blas de Victor Hugo (1838), n’aurait sans doute jamais pensé avoir une telle postérité !

Un handicap pèse sur ce premier enregistrement, réalisé en février 2019 : l’absence totale des dialogues parlés, essentiels aux lois du genre. Du coup, on oublie la continuité dramatique, pour se contenter d’une succession de numéros.

Un dommage relatif, toutefois, car le charme de la musique opère vite. Les ensembles sont bien troussés, le duo de barytons (« Me marier ! ») ne manque pas d’originalité, dans sa bouffonnerie discrète, et le « Duo nocturne » de Maritana et Lazarille (« Aux cœurs les plus troublés ») est un pur joyau.

Ajoutez à cela des airs aux mélodies séduisantes, dont le ton diffère selon les personnages : tendre et juvénile pour Lazarille (rôle en travesti), gratifié d’une « Berceuse » et d’une « Romance », à l’acte II ; gracieusement virtuose pour Maritana, dès son entrée (« Ballade aragonaise ») ; d’allure franche pour Don César (« Partout où l’on chante ») ; plus sentimentale pour Charles II (« Que de ta lèvre en fleur »).

Sous la direction musicale de Mathieu Romano, la distribution -réunie pour le disque, au Théâtre Impérial de Compiègne, coproducteur, surpasse nettement celle de la Porte Saint-Martin. L’ampleur vocale et l’assurance de Laurent Naouri sont bien celles de Don César, et Christian Helmer, l’autre baryton, est tout aussi mordant de timbre et de diction en Don José.

Thomas Bettinger, ténor franc et viril, campe un Charles II dont le chant serait encore plus attrayant s’il était moins serré dans les notes de passage et l’aigu. La mezzo Marion Lebègue déploie une ligne impeccable et émouvante dans les pages au galbe mélodique irrésistible qui lui sont réservées. Et la soprano Elsa Dreisig, voix brillante, légère et fruitée, est délicieuse en chanteuse des rues qu’on devine ravissante.

Un enrichissement de bon aloi dans la discographie de Massenet, et un divertissement dont la présence sur les scènes en quête de nouveauté ne serait pas usurpée.

MICHEL PAROUTY

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