CD / DVD / Livres Mercadante : Francesca da Rimini
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Mercadante : Francesca da Rimini

27/03/2017

Leonor Bonilla (Francesca) – Aya Wakizono (Paolo) – Merto Sungu (Lanciotto) – Antonio Di Matteo (Guido) – Larisa Martinez (Isaura) – Ivan Ayon Rivas (Guelfo)

Chœur de l’Orchestre Philharmonique de l’État de Transylvanie de Cluj-Napoca, Orchestra Internazionale d’Italia, dir. Fabio Luisi. Mise en scène : Pier Luigi Pizzi. Réalisation : Matteo Ricchetti (16:9 ; stéréo : PCM 2.0 ; Dolby Digital 5.1)

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En juillet-août 2016, le Festival de Martina Franca présentait la création mondiale de Francesca da Rimini, dont la composition remonte à… 1831 (voir O. M. n° 121 p. 49 d’octobre). Voyant les difficultés à faire accepter ce « dramma per musica » par le Teatro del Principe de Madrid et par la Scala de Milan, il semble que Saverio Mercadante ait décidé de ne pas le proposer ensuite à d’autres théâtres.

La version intégrale que nous découvrons ici, grâce à l’édition critique établie par Elisabetta Pasquini, prouve qu’il s’agit pourtant d’une œuvre de toute première importance, voisine des meilleures réussites de Rossini, Bellini et Donizetti.

Certes, sa structure dramatique n’est pas parfaite, et ses deux actes (plus de trois heures et demie au total !) peuvent paraître longs par instants. Mais la musique, d’une inspiration constamment élevée, excelle à traduire les tourments des trois protagonistes de l’intrigue : Francesca, Paolo et Lanciotto.

Cette architecture, un peu trop rigide parfois, a besoin, pour s’animer, de l’impulsion que les chanteurs sont en mesure de lui apporter. Sur ce point, la distribution réunie à Martina Franca se révèle proche de l’idéal. Elle a pour elle la jeunesse et, déjà, la maîtrise d’une technique de chant, émouvante et virtuose à la fois.

Comment ne pas penser que Fabio Luisi, fin connaisseur de l’opéra romantique italien et de ses règles, a joué un rôle déterminant dans la préparation de solistes dont la carrière, pour l’instant, se déroule en dehors des grands circuits internationaux ? Sa direction attentive, nuancée, ardente quand il le faut, mérite les plus vifs éloges.

Francesca lumineuse, aux grâces de ballerine et au chant ailé, Leonor Bonilla s’impose par son talent et son allure souveraine. Tous les espoirs paraissent aujourd’hui permis à cette jeune soprano espagnole. Stupéfiante d’aisance dans sa longue scène du second acte, la mezzo japonaise Aya Wakizono campe un Paolo noble et passionné, en parfait accord avec l’esprit de ce répertoire.

Le ténor turc Merto Sungu, un peu plus connu internationalement que ses deux partenaires, triomphe, avec autant de bravoure que d’élégance, des nombreux écueils de la tessiture de Lanciotto. Et Antonio Di Matteo offre une solide voix de basse au personnage plus en retrait de Guido. Les chœurs, ainsi que les deux danseurs solistes, Letizia Giuliani et Francesco Marzola, se situent au même niveau d’excellence.

Cette impression d’une grande réussite d’ensemble serait-elle aussi forte, sans la mise en scène aérienne de Pier Luigi Pizzi et la chorégraphie de Gheorghe Iancu qui l’accompagne ? Dans la nuit enveloppant le plateau du Palazzo Ducale de Martina Franca, les passions s’expriment et s’idéalisent dans un tournoiement continuel.

Le vent, en effet, joue ici un rôle essentiel : en s’immisçant dans les plis des étoffes, il confère à cet assortiment de larges tuniques des allures d’étendards et de flammes. Quelques (rares) couleurs vives complètent, apportant à ce festin visuel un chic incontestable.

Pouvait-on rêver mieux pour une création mondiale ?

PIERRE CADARS

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