2 DVD BelAir Classiques BAC 186 & 1 Blu-ray BAC 486

C’est d’abord le souvenir émerveillé d’une forêt tournant sur elle-même… que la réalisation d’Andy Sommer, malgré sa qualité, notamment du point de vue du rendu des couleurs et des lumières, ne parvient pas à raviver. Formidable spectacle sur le vaste plateau de l’Opéra Bastille, en avril 2017 (voir O. M. n° 129 p. 58 de juin), la trop rare Snégourotchka de Rimski-Korsakov, revue, mais pas trop corrigée, par Dmitri Tcherniakov, qui a eu le génie d’en actualiser l’intrigue, tout en maintenant la distance imposée par le conte, perd une partie de son impact.

Ne subsiste, en vérité – et c’est déjà beaucoup –, que la précision avec laquelle le metteur en scène russe donne vie à des personnages qui, autrement, pourraient n’être que des archétypes, certes auréolés de l’attrait de la légende. Et avec quelle tendresse il suit son héroïne, sur la voie de la découverte, fatale, de l’amour !

À défaut de reprise – programmée à l’automne 2020, mais annulée pour l’invariable raison que chacun sait –, le DVD remplit donc sa fonction, d’autant que l’interprétation musicale en fait plus qu’un lot de consolation. Grâce, au premier chef, à la direction de Mikhail Tatarnikov, sous la baguette duquel l’Orchestre de l’Opéra National de Paris chatoie, parfois s’enflamme, et, surtout, chante, collectivement comme individuellement.

Contrarié par quelques remplacements de plus ou moins dernière minute, le ramage du plateau vocal n’est pas toujours à la hauteur de son plumage. Le sévère maintien de la Fée Printemps d’Elena Manistina n’empêche pas ses excès de vibrato, tandis que Vladimir Ognovenko pousse le Bonhomme Hiver au-delà de l’engorgement. Si Bermiata n’ajoute rien à la gloire, rarement méritée, de Franz Hawlata, Maxim Paster endosse la sagesse désabusée du vieux Tsar Bérendeï avec componction.

Avant-hier jeune Wotan dans le Ring de triste mémoire scénique de la maison, Thomas Johannes Mayer semble déjà à bout de ressources. Son Mizguir n’est, dès lors, que peu crédible en rival de Yuriy Mynenko, Lel maniéré, peut-être, voire désinvolte, mais d’une plénitude de timbre et d’émission à toute épreuve.

À l’abri des stridences qui déparent ses Tosca et Isolde, Martina Serafin demeure une belle artiste, qui ne fait qu’une savoureuse bouchée de Koupava. Comment ne pas fondre, enfin, devant la Snégourotchka d’Aida Garifullina, que Paris découvrait alors dans un rôle comme taillé aux mesures de son soprano cousu de fils d’or ?

MEHDI MAHDAVI

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