Olympie ou Olimpie ? À en croire le somptueux livre-disque édité par le Palazzetto Bru Zane, le « y » était apparemment réservé, à l’époque, à la version originale représentée par l’Opéra de Paris, le 22 décembre 1819, et le « i » à la nouvelle mouture proposée par le même, le 27 février 1826, elle-même adaptation d’une édition allemande intermédiaire de 1821, titrée Olimpia. Cette nouvelle intégrale immortalisant la version de 1826, nous parlerons donc d’Olimpie dans cet article, en précisant qu’il est aujourd’hui impossible de jouer Olympie, son troisième acte, complètement réécrit par Spontini, en 1821, étant introuvable.

L’enregistrement a été réalisé du 31 mai au 2 juin 2016, à la Philharmonie de Paris, en prélude à un concert au Théâtre des Champs-Élysées, le 3 juin, dont il avait été rendu compte dans ces colonnes (voir O. M. n° 119 p. 73 de juillet-août). Il s’agit donc d’une prise de son de studio, ce qui modifie inévitablement la perception de l’auditeur, en particulier pour le rendu orchestral.

Tout en appréciant le caractère « enflammé » de la direction de Jérémie Rhorer, Rémy Stricker avait ainsi regretté qu’elle se laisse « trop souvent emporter par le volume sonore spontinien ». Rien de tel ici, les micros corrigeant les moindres déséquilibres, pour un résultat de bout en bout enthousiasmant, grâce également à un Cercle de l’Harmonie et un Vlaams Radio Koor impeccables.

À l’inverse, il est probable que le studio souligne quelques irrégularités dans la voix de Karina Gauvin qui passaient inaperçues dans la salle. Le timbre, d’abord, sonne un peu trop mûr pour Olimpie et n’offre pas un contraste suffisant avec celui de Kate Aldrich, qui incarne sa mère (en 1826, l’Opéra de Paris avait misé sur l’opposition entre une Laure Cinti-Damoreau de 25 ans et une Caroline Branchu de 46, faisant en cette occasion ses adieux à la scène lyrique). L’intonation, ensuite, n’est pas toujours impeccable, en particulier quand le tempo s’accélère, ce qui n’empêche pas la soprano canadienne de livrer, sur l’ensemble, une prestation convaincante.

Ses partenaires n’appellent, en revanche, aucune réserve. S’exprimant comme elle dans un français parfaitement compréhensible, ils s’investissent avec intensité, en satisfaisant aux exigences vocales du style si particulier de la « tragédie lyrique ». Mathias Vidal et Josef Wagner sont excellents en Cassandre et Antigone mais, à l’instar de Rémy Stricker, on a été plus particulièrement frappé par Patrick Bolleire, impressionnant d’autorité dans l’Hiérophante, et encore davantage par Kate Aldrich, tour à tour électrisante et émouvante en Statira.

Olimpie n’est sans doute pas le chef-d’œuvre de Spontini, pour des raisons très bien décrites par Rémy Stricker dans son compte rendu, et nous continuerons à lui préférer La Vestale (Paris, 1807) et, surtout, la monumentale et fascinante Agnes von Hohenstaufen (Berlin, 1829/1837). Mais elle est ici tellement bien exécutée que nous la réécouterons avec plaisir, en regrettant quand même que le troisième acte de 1819 demeure introuvable. Son caractère tragique nous semble, a priori, plus cohérent avec le reste de l’opéra que le finale heureux de 1826.

Alors, précipitez-vous sur cette intégrale, qui surclasse la seule précédemment réalisée en français et en studio, chez Orfeo, sous la baguette trop tournée vers la fin du XIXe siècle de Gerd Albrecht, avec une Julia Varady extraordinairement attachante (nous avouons la préférer à Karina Gauvin !), mais une Stefania Toczyska, un Franco Tagliavini et un Dietrich Fischer-Dieskau égarés dans un répertoire qui n’était pas le leur.

RICHARD MARTET

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