Comptes rendus Orphée ouvre le Mai Musical Florentin
Comptes rendus

Orphée ouvre le Mai Musical Florentin

13/05/2022

Sala Zubin Mehta, 23 avril

« Mito e Amor » (« Mythe et Amour ») : tel est le thème choisi par Alexander Pereira, directeur général et artistique du Teatro del Maggio Musicale Fiorentino, pour cette 84e édition du Mai Musical Florentin, son célèbre festival de printemps, qui, cette année, s’étendra jusqu’au 14 juillet. En ouverture : Orphée et Eurydice, dans sa version parisienne de 1774, jamais représentée auparavant à Florence.

On le sait, en dehors du passage de l’italien au français, la principale modification apportée par Gluck à la première mouture de son opéra (Vienne, 1762) est l’attribution du rôle d’Orphée à un ténor (ou haute-contre), au lieu d’un castrat alto. Et pas n’importe quel ténor, puisqu’il s’agissait du mythique Joseph Legros (1739-1793), renommé pour sa puissance, son registre extrêmement étendu et ses dons expressifs.

Juan Francisco Gatell relève le défi avec d’autant plus de mérite que l’ouvrage est donné sans entracte. Nuancé et solide, il franchit, avec les honneurs, les épreuves de cet emploi aussi long que redoutable, dessinant un Orphée très humain, sans rien masquer de ses terreurs, ni de ses angoisses.

L’Eurydice d’Anna Prohaska convainc moins, son aisance scénique ne faisant pas oublier la minceur d’une voix qui tend à devenir aigre, à mesure qu’elle s’élève vers l’aigu. Excellent, en revanche, l’Amour de Sara Blanch : beau timbre, bonne technique, personnalité artistique attachante.

Prenant officiellement ses fonctions de chef principal du Teatro del Maggio – au côté de Zubin Mehta, chef honoraire à vie –, Daniele Gatti aborde ce répertoire, pour lui inhabituel, avec les partis pris des maestri spécialisés dans le répertoire dit « baroque » : tempi serrés, dynamiques variées, sonorités très vibrées. Il dirige, pourtant, un orchestre moderne, même si quelques instruments anciens y ont été ajoutés.

La phalange florentine, en bonne forme, tire parti des dimensions moyennes et de l’excellente acoustique de la Sala Zubin Mehta, inaugurée en décembre dernier, pour exalter les détails d’une orchestration résolument plus complexe et raffinée que dans la version de 1762. Et l’on n’oubliera pas la prestation du chœur maison, placé dans la fosse, de bout en bout admirable.

Difficile de faire plus dépouillé en termes de dispositif scénique, avec deux panneaux rectangulaires semi-mobiles, dont les mouvements délimitent les différents espaces. Les destinées du spectacle reposent, pour beaucoup, sur les lumières de Jean Kalman et les sinueuses chorégraphies exécutées par dix danseurs – quatre femmes et six hommes – de la compagnie d’Arno Schuitemaker, tout en noir, qui interagissent en permanence avec les trois chanteurs, vêtus de blanc.

L’objectif du metteur en scène Pierre Audi est de montrer des individus en quête d’eux-mêmes : Orphée, égocentrique, incapable de se dominer et, en définitive, vulnérable, malgré l’énorme pouvoir que lui ont conféré les dieux ; Eurydice, tout aussi possessive que son époux, et résolument ancrée dans la terre ; l’Amour, un esprit libre, évoluant en contraste avec le jeune couple.

Le résultat est incontestablement austère, mais on y croit, grâce aussi à une direction d’acteurs affûtée.

PAOLO DI FELICE


PHOTO ©  MONIKA RITTERSHAUS

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