Comptes rendus Puritains inégaux à Rome
Comptes rendus

Puritains inégaux à Rome

28/04/2022

Teatro Costanzi, 21 avril

Un an après la version de concert diffusée en streaming (voir O. M. n° 170 p. 56 de mars 2021), le chef-d’œuvre de Bellini est repris par le Teatro dell’Opera de Rome, cette fois en forme scénique, et surtout sans contraintes sanitaires : orchestre dans la fosse, chœur non masqué, public en salle.

La distribution est presque identique, à commencer par la protagoniste, pas moins rayonnante que l’an passé. Prouvant, une fois de plus, son affinité élective avec Elvira, Jessica Pratt lui confère une grâce éthérée, tout en candeur et juvénilité, déjouant les pièges de la virtuosité sans verser dans la démonstration, habitant le rôle avec un naturel confondant. Et quelle liberté, quelle aisance dans les reprises, que la soprano anglo-australienne s’amuse à orner de variations inédites !

Elle est bien entourée du côté des voix graves. Nicola Ulivieri offre un Giorgio noble et autoritaire, dont le legato souverain compense le timbre grisonnant et une certaine raideur de la ligne. À l’inverse de Franco Vassallo, qui n’appelle aucune réserve, tant l’élégance, l’éclat, la souplesse de son baryton cuivré hissent la vocalité de Riccardo au point d’équilibre idéal entre virilité et grandeur d’âme.

Dommage que la seule nouveauté de la distribution vienne gâcher le plaisir. Méconnaissable, John Osborn peine à faire d’Arturo l’un de ces héros subtils et attachants, auxquels il a habitué son public. Jamais on n’aura vu le ténor américain aussi en difficulté dans la tenue de la ligne, le contrôle de l’émission. La voix est comme voilée, et la fatigue est perceptible au dernier acte. Il reste quelques moments réussis, comme le duo avec Elvira, avant un « Credeasi, misera » assez laborieux. Méforme passagère, sans doute, mais regrettable.

Côté fosse, Roberto Abbado se révèle précis et scrupuleux, jusque dans le choix de l’édition (la version intégrale de la création parisienne, le 24 janvier 1835, avec toutes les reprises des airs), mais sa direction ne convainc qu’à moitié. Mettre en relief les qualités de l’orchestration, ce que le chef italien fait avec un rare sens du détail, ne suffit pas à rendre pleinement justice à une partition requérant un meilleur dosage de souplesse, de vivacité et d’abandon.

La plus-value de la soirée, par rapport au concert de 2021, devait évidemment venir de la mise en scène. Hélas, l’espoir est déçu, car la nouvelle production d’Andrea De Rosa, fade et conventionnelle, n’apporte pas grand-chose à la dramaturgie, se limitant à illustrer littéralement le livret, avec une direction d’acteurs réduite au strict minimum.

L’imposant décor minéral – lourde colonnade surmontant des escaliers – délimite la chambre  d’Elvira, où la jeune fille se pare pour le mariage, puis s’abandonne à la folie, avant qu’elle ne retrouve la raison et l’amour sous une plaque rectangulaire, éclairée d’une lumière blanche trop éblouissante – une véritable épreuve pour les spectateurs dans la salle !

Le statisme règne bien au-delà des respirations extatiques, à l’exception de la perte de la vision que l’héroïne subit, avant le finale du I : les yeux bandés, le corps enveloppé dans son voile de mariée, Elvira s’abîme dans la nuit de la raison, cette folie qui est, selon le metteur en scène, l’autre nom d’un désir de fuite aussi ardent qu’impossible. Symbole poignant, surtout par l’incarnation à vif de Jessica Pratt, mais insuffisant pour racheter un spectacle morne et prévisible.

PAOLO PIRO


© TEATRO DELL’OPERA DI ROMA/FABRIZIO SANSONI

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