Karina Gauvin (Vénus) – Katherine Watson (L’Amour) – Gaëlle Arquez (Iphise) – Reinoud Van Mechelen (Dardanus) – Florian Sempey (Anténor) – Nahuel Di Pierro (Teucer, Isménor) – Étienne Bazola (Un Phrygien)

Pygmalion, dir. Raphaël Pichon. Mise en scène : Michel Fau. Réalisation : Stéphane Vérité (16:9 ; stéréo : PCM 2.0 ; DTS 5.1)

1 DVD + 1 Blu-ray Harmonia Mundi HMD 9859051.52

Chroniquant cette nouvelle production dans Opéra Magazine, en 2015, j’annonçais, non sans plaisir, une captation en vue d’un futur DVD (voir O. M. n° 107 p. 44 de juin). Le voici.

Que retrouve-t-on avec bonheur ? Le cadre enchanteur du Grand-Théâtre de Bordeaux, idéal pour une telle œuvre. Une équipe de chanteurs exceptionnelle : le style, la diction, la beauté vocale et, surtout, un investissement dramatique qui font de chaque minute un événement. Et un orchestre jeune, vif, généreux, dirigé par un chef dont la renommée ne cesse de croître.

Sans doute Raphaël Pichon pourrait-il joindre à sa fougue un soupçon de rigueur supplémentaire ; mais la luxuriance de couleurs qu’il obtient de son ensemble Pygmalion, sans perdre de vue la lisibilité et la souplesse du discours, ainsi que la netteté des lignes musicales sont une fête pour l’oreille, et l’on se doute que les épisodes chorégraphiques en bénéficient largement.

À noter que c’est la première version de 1739 qui a été choisie, avec quelques ajouts de la révision de 1744, alors que dans sa gravure audio pour Alpha, en 2012, effectuée sur le vif à Versailles, le chef avait opté pour cette révision.

Le soin que Raphaël Pichon apporte au travail avec les chanteurs trouve son écho dans la mise en scène de Michel Fau. On avait aimé, à l’Opéra National de Bordeaux, l’exubérance des décors et des costumes, un délire savamment orchestré où le kitsch du music-hall flirtait avec le fantastique, dans une vision qui affichait ouvertement son humour mais ne se livrait à aucune distorsion du livret de Charles-Antoine Leclerc de La Bruère, inspiré des Métamorphoses d’Ovide.

Mais les dimensions pourtant très intimes de la salle bordelaise ne permettaient pas d’apprécier complètement la direction d’acteurs de Michel Fau, dont la précision n’a d’égale que la finesse. Et c’est là l’un des atouts de la réalisation vidéo.

Grâce au travail sensible et intelligent de Stéphane Vérité, particulièrement habile dans l’usage des gros plans, celle-ci provoque une véritable empathie entre le spectateur et les personnages. On partage réellement les souffrances d’Iphise, promise à Anténor qu’elle n’aime pas, celles de ce dernier, dévoré par la passion qu’il porte à la jeune fille, celles de Dardanus, amoureux craignant de voir celle qu’il aime lui échapper.

Sans voyeurisme, la caméra ne cache rien du regard apeuré et sentant parfois s’approcher les larmes de Gaëlle Arquez, tendre Iphise, des expressions tourmentées de Florian Sempey, formidable Anténor, désespéré de devoir la vie à son rival, de la jeunesse un rien naïve de Reinoud Van Mechelen, chevaleresque Dardanus ; ni du sourire réconfortant de la Vénus de Karina Gauvin. Cette incursion dans les cœurs des héros, on la doit à Michel Fau.

Complétée par un documentaire filmé lors des répétitions (disponible sur le Blu-ray seulement, Blu-ray et DVD voisinant côte à côte dans le coffret), cette captation porte la fantaisie de Jean-Philippe Rameau à son plus haut niveau. La plongée dans ce monde imaginaire n’en est que plus captivante.

MICHEL PAROUTY

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