Comptes rendus Sympathique Élixir d’amour à Bordeaux
Comptes rendus

Sympathique Élixir d’amour à Bordeaux

05/04/2022

Grand-Théâtre, 1er & 2 avril

Nous ne reviendrons pas sur cette très amusante production, mise en scène par Adriano Sinivia, dont Richard Martet avait rendu compte lors de sa création à Lausanne, en 2012 (voir O. M. n° 78 p. 55 de novembre), et que nous avions vue lors de sa reprise à Tours, en 2018 (voir O. M. n° 139 p. 70 de mai), avec un chef et une distribution à chaque fois différents de ceux réunis à l’Opéra National de Bordeaux, en ce début de printemps. Situer l’action chez un peuple d’humains miniatures (L’elisir d’amore chez les Lilliputiens !) fonctionne décidément fort bien.

À la tête d’un solide Orchestre National Bordeaux Aquitaine, la direction de Nil Venditti laisse perplexe. Certes, la jeune cheffe italo-turque a de l’énergie à revendre, mais elle a aussi la main bien lourde, et la mise en place est parfois problématique, comme pour le chœur ouvrant l’acte II, assez débraillé et à la rythmique flottante.

Deux distributions alternent, sauf dans le cas de l’excellente soprano française Sandrine Buendia, Giannetta aussi vive et délurée que très bien chantante. Côté voix graves, le Dulcamara de l’Italien Giorgio Caoduro impressionne par le beau grain et la puissance de son instrument, capable aussi d’un étonnant « canto sillabato », au service d’une incarnation savoureuse. Le lendemain, le Français Julien Véronèse montre également de la truculence, mais la volubilité semble plus modeste.

Si les deux Belcore ont fière allure physiquement et affichent un réjouissant sens du second degré, on préfère le Britannique Dominic Sedgwick, avec un mordant dans le timbre et une aisance que ne possède pas l’Australien Samuel Dale Johnson, à l’émission moins claire et aux vocalises bien laborieuses dans « Come Paride vezzoso ».

S’agissant du couple central, le premier est vocalement plus brillant, mais aussi moins équilibré. Le Français Kevin Amiel, déjà Nemorino à Toulouse, en 2020, a certes une bonne voix, mais l’on regrette un chant fruste et un style relâché, avec des attaques peu soignées. Tout le paradoxe du rôle est que ce benêt du village doit montrer une ligne suprêmement raffinée, en particulier dans « Una furtiva lagrima », ici sans demi-teintes, ni vrai cantabile. Le contraste est rude avec l’Adina assez atypique de la Sud-Africaine Golda Schultz, d’une impeccable précision musicale, avec une présence scénique ravageuse. Une véritable meneuse de troupe, chez qui pointe une sensibilité à fleur de peau.

Avec des voix plus légères, le deuxième couple est mieux assorti. Le Chinois Yu Shao est un Nemorino très attachant, infiniment plus châtié de ligne que Kevin Amiel, délivrant un chant à fleur de lèvres et de mots dans « Una furtiva lagrima », auquel on souhaiterait seulement un peu plus de liberté dans l’aigu. Enfin, on a du mal à comprendre comment la Française Catherine Trottmann a pu passer plusieurs années en mezzo-soprano, tant sa piquante Adina est assurée dans l’aigu, voire le suraigu.

Ce spectacle inventif et fort sympathique a, en tout cas, connu un beau succès, notamment lorsque Dulcamara explique que son élixir est, en réalité, un… vin de Bordeaux ! L’Opéra de Lausanne l’affichera de nouveau, à la rentrée prochaine, dix ans après sa création in loco, avec une distribution entièrement renouvelée.

THIERRY GUYENNE


© ÉRIC BOULOUMIÉ

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