En avril 2018 (voir O. M. n° 140 p. 60 de juin), ce spectacle mettait en joie le public du Théâtre des Bouffes-du-Nord, à Paris, avant de partir pour une longue tournée. Le plaisir est donc grand de le retrouver en vidéo, filmé pendant ces représentations, dans une réalisation impeccable de François Roussillon, décidément maître en la matière.

La réécriture des dialogues originaux de The Beggar’s Opera par Ian Burton n’a rien perdu de sa pertinence, et même devant son écran, on se délecte à l’écoute de répliques grinçantes dont le cynisme, n’épargnant personne, atteint immanquablement son but et renvoie souvent, hélas, à une actualité récente – on a rarement été confronté à une transposition aussi intelligente et efficace. Comme sont efficaces les décors à transformation rapide de James Brandily (des empilements de cartons) et les costumes pleins d’humour de Petra Reinhardt.

Dans la mise en scène réglée au millimètre de Robert Carsen, évolue une troupe d’artistes qui savent tout faire : chanter, danser, jouer la comédie – non, le fameux professionnalisme anglo-saxon n’est pas une légende ! Ainsi, Benjamin Purkiss est toujours aussi charmant en Macheath coureur de jupons, truand au sourire de star qui finira ministre, après avoir frôlé la corde.

Robert Burt et Kraig Thornber, l’un trafiquant en tous genres, l’autre flic ripou, se renvoient la balle avec jubilation. Dans les rôles de Mrs. Peachum et Diana Trapes, Beverley Klein brûle les planches. Et le trio formé par Kate Batter, Olivia Brereton et Emma Kate Nelson, aussi joli à voir qu’à entendre, rivalise de verve et de brio.

Neuf musiciens de l’ensemble Les Arts Florissants, sous la houlette d’un William Christie en pleine forme, jouent la nouvelle édition de la partition, établie par Pascal Duc. Ils apportent vie et couleurs aux mélodies de ce « ballad opera », dont on a peine à croire qu’il frise les 300 ans (la première eut lieu à Londres, en 1728).

Une bouffée d’oxygène (et presque de gaz hilarant) par ces temps maussades : nul ne la refusera. D’ores et déjà, un DVD faisant partie de ceux que l’on reverra sans se lasser.

MICHEL PAROUTY

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