Samuel Hasselhorn : Schubert, Glaube, Hoffnung, Liebe

1 CD Harmonia Mundi HMM 902689

En 2018, le jeune baryton allemand Samuel Hasselhorn remportait haut la main l’édition chant du Concours « Reine Élisabeth ». À son programme, de remarquables lieder de Mahler, Schubert ou Wolf, mais aussi l’air ultime de Posa (Don Carlos), belle démonstration de cantabile, dans un français parfait. Le jury ne s’y était pas trompé, pas plus que ceux de l’impressionnante série d’autres compétitions (Heidelberg, Dortmund, New York, Paris…) remportées par l’un des interprètes les plus prometteurs du moment.

Le disque a suivi avec, comme premier coup d’éclat, chez Harmonia Mundi, le passionnant récital Schumann : Stille Liebe, distingué d’un Diamant d’Opéra Magazine par Christian Wasselin, en 2020 (voir O. M. n° 165 p. 68 d’octobre).

Enregistré en studio, en avril 2021, à l’issue de la pénible parenthèse de la pandémie, ce deuxième album, toujours accompagné par le pianiste britannique Joseph Middleton, porte assurément la marque de cette période d’isolement qui a conduit beaucoup d‘artistes à l’introspection, voire à des formes de dépression. Mais ce processus de maturation forcée aboutit, ici, à des résultats tout à fait positifs, dans un programme de lieder de Schubert, bien connus pour la plupart, mais pas tous.

On y trouve ainsi quelques pages très peu fréquentées, dont Glaube, Hoffnung und Liebe D. 955, qui donne son titre au disque, ou le nocturne faussement naïf An den Mond in einer Herbstnacht D. 614.

Comparé à celui du Concours « Reine Élisabeth », déjà avec Joseph Middleton, Erlkönig permet de prendre la mesure du chemin parcouru : le chanteur prometteur est devenu un véritable maître, tout en restant nanti d’un bagage technique et de moyens naturels impressionnants.

En termes de gestion du souffle, de capacité à nuancer, d’aisance de prononciation et, surtout, de sûreté de style, on ne peut s’empêcher de penser au jeune Dietrich Fischer-Dieskau, avec un timbre moins intrinsèquement personnel, mais très agréable et d’une superbe homogénéité.

Quant à l’interprète, il peut absolument tout faire : gronder et tonner dans Totengräbers Heimweh, multiplier les assauts de charme dans Des Fischers Liebesglück, jouer à fond la carte de l’opéra miniature dans Der Zwerg, alléger son timbre et déployer, dans Nacht und Träume, des prodiges de ­legato dignes des plus grands.

Les récitals Schubert de cette variété et de ce poids ne sont vraiment pas légion. N’y manque qu’un accompagnateur tout à fait du même niveau : Joseph Middleton est simplement excellent, là où l’on rêve de la poésie ineffable d’un Gerald Moore.

LAURENT BARTHEL

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