Lancées en 2006, pour mieux faire connaître le théâtre et élargir son public, les diffusions du Metropolitan Opera de New York, en direct dans les salles de cinéma, sont devenues une source de revenus non négligeable pour la maison. Opéra Magazine a suivi en coulisses la retransmission du Prince Igor, le 1er mars…

94_en_coulisse_-_METSamedi 1er mars. Dix heures du matin. À l’entrée du Metropolitan Opera, je suis attendu par Peter Clark, l’excellent directeur du service de presse, modèle de compétence et de disponibilité. Nous passons rapidement en coulisses, où se prépare la retransmission en direct du Prince Igor de Borodine. Le décor de l’acte I, un magnifique champ de coquelicots s’étendant à perte de vue, est déjà en place (voir plus loin le compte rendu de la première de cette nouvelle production, par David Shengold). Sur le côté du plateau, Eric Owens, l’« hôte » de l’après-midi (rôle déjà joué, ces dernières saisons, par Renée Fleming, Joyce DiDonato et Deborah Voigt, entre autres) prépare ses interventions.
C’est lui qui, lors des entractes, donnera des éléments d’information aux spectateurs et interviewera en direct les principaux protagonistes du spectacle, de sa magnifique voix de baryton-basse, aussi richement timbrée dans cet exercice que pendant les différents volets de la Tétralogie mise en scène par Robert Lepage, dans laquelle il incarnait Alberich.

ORGANISATION IMPECCABLE

Le parcours dans les coulisses se poursuit, permettant de mesurer l’intense activité régnant à l’intérieur du Metropolitan Opera. Avec quelque vingt-quatre productions à l’affiche chaque saison – dont, grosso modo, six nouvelles – et sept levers de rideau par semaine, l’organisation doit être impeccable. En règle générale, la maison alterne quatre productions sur la même période, et en répète deux. Les décors, montés sur roulettes, sont rangés sur les côtés, ou en dessous du plateau (ceux des mises en scène ne figurant pas au répertoire de la saison en cours sont entreposés dans le New Jersey).
Nous passons ainsi à côté d’éléments de Werther, joué la veille au soir, de The Enchanted Island, programmée en soirée (seulement trois heures après la fin du Prince Igor !) et de Wozzeck, dont on prépare activement la reprise du 6 mars. Dans un atelier, une repasseuse lisse soigneusement les plis de la robe de Sophie Koch en Charlotte ; dans un autre, une couturière fabrique celle que Diana Damrau portera dans La sonnambula, à partir du 14 mars, en adaptant à ses mesures le modèle dessiné pour Natalie Dessay, en 2009.

ÉLARGIR LE PUBLIC

11 h 45. Il est temps de regagner l’immense auditorium du Met (3 800 places !), où la représentation du Prince Igor va débuter. Dix caméras ont été installées dans la salle, deux en coulisses. Cette retransmission en direct est la 75e de la série « The Met Live in HD ». L’aventure a commencé le 30 décembre 2006, avec The Magic Flute, adaptation en langue anglaise de Die Zauberflöte, dans une mise en scène de Julie Taymor. La première saison, le périmètre de diffusion se limitait à l’Amérique du Nord, la Grande-Bretagne, la Norvège et le Japon. Aujourd’hui, soixante-six pays participent à l’opération, avec plus de deux mille salles de cinéma réparties à travers le monde. Comme Peter Gelb, le directeur du Met, aime à le rappeler, il n’avait jamais envisagé, même dans ses rêves les plus fous, pareil succès !
Quand il a décidé de lancer « The Met Live in HD », c’était avant tout pour mieux faire connaître la maison et élargir son public. La rentabilité financière ne faisait pas partie de ses objectifs, l’idée étant que les recettes couvrent, dans la mesure du possible, le supplément de dépenses occasionné. Sauf qu’en sept ans, la situation a complètement changé. La saison dernière, l’opération a ramené 17 millions de dollars de bénéfice net : une manne inespérée en ces temps de crise !

DE L’AUTRE CÔTÉ DU RIDEAU

Premier entracte. Peter Clark m’emmène dans le camion de régie, installé dans la rue, devant la sortie des artistes. Une équipe de techniciens s’affaire devant les multiples écrans de contrôle, sous l’œil vigilant de Mia Bongiovanni, directrice générale adjointe en charge de toutes les activités audiovisuelles, et de Peter Gelb. Même pendant l’entracte, la tension est palpable, car « direct » signifie que l’on travaille sans filet. Le moindre dysfonctionnement et c’est la ­catastrophe !
Sur les écrans défilent des images des coulisses, où l’on est en train de changer le décor. C’est le moment où le public, dans les salles de cinéma, peut quitter son siège, avant que les interviews ne commencent. Peter Gelb insiste sur l’importance de ce qui se déroule lors des entractes : « Pour les spectateurs, ce passage de l’autre côté du rideau est essentiel. Je suis convaincu qu’il joue un rôle non négligeable dans le succès de l’opération, par-delà la qualité proprement dite des productions. »

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